Quel drôle de chemin toxique un membre du gouvernement a-t-il emprunté il y a 17 ans ?

Paris, le samedi 1er août 2020 - Depuis vingt-cinq ans, les contrails, contraction des mots anglais « condensation » et « trails » (chemins ou trainées), alimentent les idées complotistes les plus fantaisistes sur la toile. Ces lignes blanches qui suivent la trace des avions dans le ciel sont, comme l’explique pour France Info Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et co-présidente du GIEC, constituées de vapeur d'eau et de restes de carburant Elles sont présentées tour à tour comme des pesticides disséminés pour nuire aux cultures, des agents destinés à modifier le climat voire tout simplement des virus mal intentionnés. La conviction que ces pointillés blancs sont moins bien innocents que ne l’affirment les compagnies aéronautiques est loin d’être une idée marginale. Selon une enquête réalisée en 2018 par l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès 20 % des personnes interrogées en France sont d’accord avec l’assertion suivante : « Certaines traînées blanches créées par le passage des avions dans le ciel sont composées de produits chimiques délibérément répandus pour des raisons tenues secrètes.... ». Chez les jeunes de 18 à 24 ans, la proportion atteignait même 34 %. Mais le fait d’avoir fait des études supérieures protège généralement de la contamination avec ce type d’idées complotistes : les sondés ayant poursuivi leurs études au-delà du baccalauréat n’étaient qu’entre 10 et 16 % (en fonction de leur niveau de diplôme) à se montrer suspicieux vis-à-vis des contrails, rebaptisés pour l’occasion chemtrails.

« Officiellement »

Pour Joël Giraud, pourtant diplômé de l’ancienne école nationale supérieure des postes et télécommunications, la protection a failli et ne l’a pas même incité à la réserve. Alors député des Hautes Alpes, il écrit en 2013 au ministre de l’Ecologie, une question écrite conservée dans les registres de l’Assemblée nationale. Plutôt qu’une question, le texte est une véritable mise en garde : « Un certain nombre d'articles sont parus dans des revues scientifiques spécialisées ayant trait aux "mystérieuses traînées dans le ciel" plus connues sous le nom de « chemtrails ». Plus récemment, la Conférence du collectif « skyguards » qui s'est tenu à Bruxelles le 9 avril 2013 a rendu ses conclusions et a présenté au Parlement européen une pétition afin de faire cesser les épandages aériens clandestins dans le ciel. La géo-ingéniérie qui comprend les interventions délibérées à large échelle visant à modifier le climat pour limiter le réchauffement climatique a des effets dévastateurs. Des milliers de témoins peuvent dénoncer des trainées d'avions dans le ciel qui se développent d'un horizon à l'autre, s'élargissent et fusionnent jusqu'à couvrir le ciel d'un nuage artificiel. En effet officiellement ces trainées sont considérées comme des traces de condensation laissées par les avions mais les scientifiques qui ont étudié la question mettent en avant le fait que les traces de condensation sont identifiables à des altitudes élevées de l'ordre de 10 000 mètres et que celles-ci se résorbent rapidement alors que les chemtrails apparaissent à des altitudes plus basses entre 2 000 et 5 000 mètres et s'estompent très lentement. Certains émettent l'hypothèse qu'il s'agirait là d'épandage de produits chimiques provoquant d'ailleurs des maladies respiratoires chez les populations survolées et que les appareils concernés sont des avions militaires sans aucune identification possible, écartant ainsi la piste des appareils civils qui ne seraient donc pas concernés par ces traces » écrit le député demandant au gouvernement « si des études ont été diligentées (….) afin d'apporter des réponses précises aux questions légitimement posées ». De façon très didactique, les services du ministère de l’Ecologie avaient répondu : « Les traînées blanches visibles dans le ciel après le passage des avions correspondent à une condensation de l'eau de l'atmosphère en cristaux autour des émissions normales de l'avion. La combustion du kérosène dans les moteurs des avions conduit en effet à l'émission de gaz et de particules (suies, imbrûlés, poussières) qui sont à l'origine de la condensation observée (…). Elles ne sont pas nocives pour la santé et aucun élément ne contredit à ce jour cet état de fait. Le sujet des traînées de condensation est bien une préoccupation mais dont l'enjeu environnemental réside dans l'évaluation de leur contribution à l'effet de serre ».

Une perméabilité inquiétante

Cette ancienne question au gouvernement a refait la une de l’actualité cette semaine alors que Joël Giraud a été nommé secrétaire d’État à la ruralité. Les railleries n’ont pas manqué sur internet, tandis que plus sérieusement, certains ont observé avec une certaine inquiétude cette perméabilité de nos responsables politiques aux théories complotistes et l’absence apparente de vérification des positions dérangeantes des personnalités invitées à participer au gouvernement de la France (d’autres cas ont témoigné que le recrutement a préféré faire fi des ombres du passé).

Alors que Joël Giraud ne s’est pas encore exprimé sur ses anciennes préoccupations depuis son arrivée au gouvernement, tout au plus peut-on espérer que la réponse du ministère de l’Ecologie ait suffi à lui faire entendre raison.

Léa Crébat

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