Quel pays, après une longue histoire tourmentée, a franchi une étape importante pour le droit des femmes ?

Paris, le samedi 9 mai 2020 – En adoptant en 1946 une loi interdisant la pratique de l’excision, le Soudan faisait figure de pays pionnier en Afrique : il était en effet le premier à légiférer sur ce sujet sensible. Cependant, à l’instar de ce qui a pu être observé en Egypte où l’excision est officiellement prohibée, cette législation n’a pas empêché la pratique de perdurer. Ainsi, selon l’Unicef, 87,6 % des femmes de 15 à 49 ans seraient excisées au Soudan aujourd’hui.

Une pression implacable sur le pouvoir

L’arrivée au pouvoir en 1989 après un coup d’état soutenu par les islamistes d’Omar El Béchir a contribué à l’installation d’un climat favorable à la perpétuation de l’excision. L’application des lois islamiques conduisait en effet à une forte restriction des libertés des femmes, risquant d’être interpellées si elles participaient à certains événements privés et publics ou simplement si elles portaient des pantalons. La pression exercée par les islamistes sur Omar El Béchir l’empêcha même de faire appliquer un décret qu’il avait pourtant signé en 2003 interdisant aux sages-femmes et aux médecins de réaliser des mutilations sexuelles féminines. De la même manière, ses tentatives en 2012 et 2015 de faire adopter une loi interdisant l’excision ont échoué.

De la loi à son application

Le renversement du gouvernement d’Omar El Béchir, puis du pouvoir militaire a fait naître une nouvelle ère au Soudan, symbolisée par la figure d’Abdallah Hamdok. Ce dernier a annulé rapidement après son arrivée à la tête du pays la loi qui autorisait l’arrestation des femmes pour leur participation à la vie sociale ou pour le port de tenues jugées inappropriées. Ce 22 avril, une étape supplémentaire a été franchie avec l’adoption par le Conseil souverain (où siègent majoritairement des militaires) et le Conseil des ministres (dirigé par des civils) d’une modification de l’article 114 du Code pénal afin que l’excision soit considérée comme un crime. Désormais cette pratique est passible de trois ans de prison et d’une amende, des sanctions concrètes qui laissent espérer une application plus stricte de cette loi. Surtout, l’évolution des mentalités au sein du pays, comme en témoignent les résultats de sondages marquant désormais un rejet majoritaire de l’excision (ce qui n’a longtemps pas été le cas), suggèrent que des évolutions peuvent être raisonnablement envisagées. Beaucoup remarquent que l’existence de cette loi offrira un argument aux familles tiraillées entre leur peur de heurter les tenants de la tradition et leur hostilité vis-à-vis de l’excision.

Néanmoins, les militants savent qu’un important travail pédagogique sera indispensable pour espérer une large application de la nouvelle législation. « Si nous sommes heureux de l’amendement, la loi seule ne suffit pas. Nous avons toujours besoin de plus de campagnes de sensibilisation », remarque ainsi Manal Abdel Halim, de l’association Salima, une initiative locale de lutte contre l’excision. 

Aurélie Haroche

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