Quelle est pour l’OMS "l’urgence" en Syrie ?

Genève, le samedi 18 juin 2016 – Dans les écoles qui fonctionnent encore correctement en Syrie, les enfants dessinent. Leurs coups de crayons sont souvent le reflet des violences qui sévissent depuis cinq ans dans leur pays et de leurs craintes. Régulièrement, les psychologues et pédo-psychiatres insistent sur l’importance de ces dessins, sur leur rôle de catharsis. Mais il y a quelques semaines, on a demandé à certains des enfants de Damas d’abandonner les images d’immeubles éventrés, de bombes et de familles décimées. Il ne s’agissait pas réellement de leur offrir la possibilité de s’évader vers des mondes imaginaires plus pacifiques. Les compositions imposées concernaient le tabac : dessiner ou écrire sur les ravages de la cigarette. Le 31 mai dernier, les poèmes, les portraits, les récits des enfants étaient sagement affichés dans les couloirs du ministère de la Santé. Ils ont été passés en revue par Elizabeth Hoff, représentante de l’OMS en Syrie et par le Dr Ahmad Khlefawy ministre de la Santé. Les deux responsables étaient satisfaits de ces illustrations qui ne pouvaient que confirmer le poids du tabagisme dans la société syrienne.

La "crise", pas une "excuse" pour mettre sa vie en danger !

Car la Syrie fume. Dans les restaurants et les bars qui sont encore ouverts, dans les rues les jours d’accalmie, dans les maisons et les immeubles, on fume. On enchaîne les cigarettes pour se tenir chaud contre ce monde absurde. On ne pense plus, sans sourire, aux méfaits de cette mauvaise habitude sur la santé. Dans ce pays d’Orient, les pipes à eau ou chicha sont également fortement plébiscitées, notamment par les femmes et les plus jeunes. De quoi s’offrir quelques instants de plaisir dans une ambiance si anxiogène. Mais les bombardements, les assassinats, l’incertitude constante ne peuvent être des « excuses ». C’est le message adressé le 1er juin par l’OMS. «  Nonobstant la crise actuelle, Elizabeth Hoff, représentante de l’OMS a souligné l’urgence du contrôle du tabac et de la consommation de chicha dans la population, en particulier les jeunes, les femmes et les adolescents » peut-on lire dans un communiqué dont la teneur a été révélée le 10 juin dernier par le Monde. Le texte rappelle par ailleurs les dangers de la chicha qui seraient recherchés pour son caractère « glamour ». Aussi, les autorités syriennes sont-elles pressées d’agir et de mettre notamment en place le paquet neutre ! Le ministre de la Santé a abondé dans le sens de la représentante de l’OMS et a rappelé sa diligence sur le sujet en rappelant que la Syrie avait été l’un des premiers pays à signer la convention de l’OMS sur le contrôle du tabac et à avoir adopté des lois en la matière.

Quel dommage que la « crise » ait mis à mal tous ses efforts, une « crise qui ne peut être une excuse pour les Syriens de mettre en danger leur vie » continue, cité par l’OMS, le ministre du régime de Bachar el-Assad.

Ce message décalé de l’OMS a suscité de nombreuses réactions sur la toile. Comment un tel message a-t-il pu sérieusement être diffusé alors que le même jour les Syriens continuaient à subir attaques et violences… des violences qui lorsqu’elles émanent de Daesh peuvent viser spécifiquement les fumeurs, l’Etat islamique n’hésitant parfois pas à éliminer purement et simplement ceux et celles qui continuent, au mépris des dangers qu’ils encourent, de fumer.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • OMS, un "machin"

    Le 19 juin 2016

    Une fois de plus l'OMS montre sa nullité. Si l'Afrique n'avait pas pu bénéficier de Médecin sans Frontières, il aurait été impossible d'éradiquer le virus Ebola. Il vaudrait mieux que l'argent qu'on donne à l'OMS soit donné à Médecins sans Frontières !

    Dr Guy Roche

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