Quelle place pour l’angioscanner coronaire chez les athlètes vétérans dans le dépistage de la maladie coronaire ?

Les athlètes vétérans ou masters dans les pays anglosaxons s’entraînent régulièrement pour participer à des compétitions sportives réservées aux plus de 40 ans, les seniors dans ce type d’activité. Jusqu’à un âge avancé, le vétéran se soumet à des programmes d’entraînement physique exigeants qui lui permettent de mieux vieillir que ses contemporains enclins à la sédentarité. Ces sujets constituent même un modèle du vieillissement biologique en quelque sorte primaire, sous réserve de leur risque cardiovasculaire global (la sédentarité n’étant pas la seule à intervenir dans ce domaine). Les vétérans en question sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à participer à des compétitions qui ne sont pas de facto de tout repos (l’exemple du marathon venant tout de suite à l’esprit). Les World Masters Games qui sont réservés à ces athlètes âgés sont un autre exemple moins connu. Il est clair qu’à partir d’un certain âge, ces derniers vont bénéficier d’un bilan cardiovasculaire dicté par leur état clinique, leurs symptômes éventuels et leur risque cardiovasculaire global estimé avec les outils actuels, qu’il s’agisse de SCORE (Systematic COronary Risk Estimation) ou encore du score de Framingham, selon le pays.

L’angioscanner coronaire : indications et résultats

Quelle est la place de l’angioscanner coronaire dans ce contexte ? C’est à cette question que répond une étude transversale présentée au RSNA dans laquelle ont été inclus 167 athlètes vétérans. Dans tous les cas, un bilan de dépistage de la maladie coronaire a été effectué avant la participation à une compétition sportive de haut niveau. Les résultats ont conduit à réaliser un angioscanner coronaire chez tous les sujets et, le plus souvent (n = 153/167 ; 91,6 %), en raison d’un test d’effort préalable jugé positif ou équivoque, qu’il soit ou non accompagné de symptômes plus ou moins évocateurs. Plus rarement, cet examen a été indiqué face à un tableau clinique évocateur d’angor (n = 13 ; 7,8 %) ou encore des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire survenue prématurément chez des parents au premier degré (n = 1 ; 0,6 %).

L’angioscanner a révélé des signes d’athérosclérose coronaire chez près d’un vétéran sur deux (41,3 %). Dans huit autres cas (4,8 %), il s’est agi d’anomalies congénitales du réseau coronaire (origine anormale des artères coronaires ou pont myocardique profond). Enfin, chez sept participants (4,2 %), il existait à la fois une athérosclérose coronaire et une anomalie artérielle congénitale. L’angioscanner s’est avéré négatif chez les 83 autres vétérans (49,7 %). Le risque cardiovasculaire global évalué selon l’index SCORE- prenant en compte l’âge, l’HTA, la PA systolique et le tabagisme- s’est avéré prédictif de la présence d’une athérosclérose coronaire modérée ou sévère. Cependant, un SCORE jugé faible a tout de même été associé dans 17,8 % des cas à une athérosclérose coronaire légère ou modérée.

L’angioscanner coronaire peut s’avérer bien utile chez les athlètes vétérans quand le test d’effort réalisé avant une compétition ou à titre systématique s’avère positif ou douteux, alors que la probabilité d’une maladie coronaire post-test reste moyenne. Si cette dernière est élevée, a fortiori en cas d’épreuve d’effort nettement positive, la coronarographie invasive conventionnelle peut être indiquée d’emblée avec une arrière-pensée d’angioplastie. L’âge, le sexe, les symptômes et la valeur de SCORE sont autant de facteurs qui doivent inciter à pratiquer un angioscanner coronaire chez l’athlète vétéran. Ce dernier, en dépit de son entraînement physique et de sa vie supposée saine, n’est pas à l’abri de la maladie coronaire ou d’autres anomalies de ce réseau artériel, comme le suggèrent les résultats de cette étude.

Dr Philippe Tellier

Référence
Marano R et coll. Coronary Atherosclerosis in Apparently Healthy Master Athletes Discovered During pre-PARTECIPATION Screening: Role of Coronary CT-Angiography (CCTA). Meeting annuel de la Radiological Society of North America (Chicago) : 1-5 décembre 2019.

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