Quelle place pour les lobbys dédiés à la santé dans les institutions européennes ?

Bruxelles, le jeudi 16 mai 2019 - Les lobbys paraissent exercer une influence importante dans le fonctionnement des institutions européennes, notamment en matière de santé. A 10 jours des prochaines élections européennes, certains s’interrogent sur le poids de ces groupes d’intérêt.
Pour certains, ils représentent une collusion insupportable entre l’action publique et les intérêts privés, qui décrédibilise l’Union Européenne. Pour d’autres, leur présence est indispensable pour que les députés et fonctionnaires européens puissent exercer leur fonction de manière éclairée. Qu’on les défende ou qu’on les abhorre, les lobbys jouent un rôle important dans le travail des institutions européennes, que ce soit la Commission ou le Parlement.

« On estime qu’il y a entre 25 000 et 30 000 lobbyistes à Bruxelles » explique Martin Pigeon, responsable de l’ONG Corporate Europe Observatory spécialisée dans la surveillance des lobbys européens. « 70% d’entre eux représentent des intérêts commerciaux, 20% des intérêts publics et 10% la société civile, que ce soit des ONG ou des syndicats ». Le but de ces groupes est d’orienter le travail des fonctionnaires ou députés européens dans un sens favorable à leur intérêt. Cela peut aller du simple envoi de notes ou d’informations à un député jusqu’à la réalisation d’amendements prérédigés.

Une lutte plus idéologique que pragmatique ?

Ce mercredi, les Contrepoints de la Santé organisaient un débat entre plusieurs candidats aux élections européennes du 26 mai prochain pour discuter de l’influence des lobbys en matière de politique de santé publique. Si la candidate LREM Véronique Trillet-Lenoir a affiché sa volonté de « prendre des mesures de lutte contre les lobbies, tous les lobbies », le député européen LR Pierre Juvin a tenu à souligner le rôle bénéfique de ces groupes d’influence. « Quand j’entends dire ‘’on va lutter contre les lobbies’’, cela m’irrite ». Celui qui est également professeur de médecine a notamment insisté sur le fait que travailler avec les lobbies lui permettait d’avoir un avis éclairé au moment de la rédaction et du vote de certaines lois.

Un avis partagé par Nora Berra, ancienne secrétaire d’État chargée de la santé et candidate UDI. « Mener une guerre contre les lobbies n’a pas de sens » explique-t-elle. « Il faut faire l’ensemble des consultations pour dégager un avis éclairé et pragmatique ». Elle a notamment tenu à rappeler que malgré toute l’influence que peuvent avoir ces groupes d’intérêt, le dernier mot revient toujours aux députés. « Nous avons suffisamment de recul et de compétences pour fixer les limites de cet exercice ». « Les lobbies m’ont servi dans toutes les lois, y compris pour ne pas faire ce qu’ils me demandaient de faire ! » ajoute Pierre Juvin.

Tous les participants au débat se sont cependant rejoints sur un point : la nécessité d’une plus grande transparence dans les relations entre les lobbies et les décideurs européens. Sur ce point, Bruxelles a fait de nombreux progrès ces dernières années. Depuis 2011, les lobbies sont inscrits sur un registre de transparence et depuis 2014, les membres de la commission ne peuvent rencontrer que des membres de groupes d’intérêt inscrits au registre et doivent notifier publiquement leur rendez-vous. Une obligation étendue aux députés européens en janvier 2019.

Quentin Haroche

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