Quelle proposition a suscité une grosse polémique outre-Manche ?

Londres, le samedi 2 juin 2018 – La prévalence élevée de l’obésité dans nos pays riches est régulièrement rappelée par les autorités nationales et internationales chargées de la santé. Pourtant, en dépit de la parfaite conscience des institutions, la société tarde à s’adapter aux besoins spécifiques liés à l’obésité. Ainsi, des milliers de personnes sont quotidiennement confrontées à des difficultés pratiques favorisant la marginalisation, tandis que la stigmatisation demeure massive. Largement frappées, nos sociétés paraissent ainsi pourtant ignorer la réalité des personnes obèses et concentrent leur action sur la prévention et la prise en charge médicale.

Obligations professionnelles

Alors que l’ostracisme et la stigmatisation peuvent faire le lit d’une aggravation de l’obésité, les recommandations se multiplient pour que les spécificités liées à l’obésité soient plus systématiquement intégrées aux réflexions concernant l’aménagement urbain et professionnel. S’inscrivant dans cette perspective, le directeur des recherches en ressources humaines à l’Institut des études sur l’emploi au Royaume Uni, Stephen Bevan a suggéré lors du Congrès européen sur l’obésité qu’une attention particulière soit apportée aux travailleurs souffrant d’obésité. Il considère que l’obésité devrait figurer parmi les « caractéristiques protégées » listées par la Loi sur l’égalité de 2010. Celle-ci, en Grande-Bretagne, sanctionne les discriminations professionnelles liées à l’âge, au sexe, à la religion, à l’origine ethnique ou au handicap et protège les sujets vulnérables. L’intégration de l’obésité dans cette réglementation faciliterait les poursuites judiciaires en cas de refus d’embauche lié au poids. Par ailleurs, elle créerait différentes obligations pour les employeurs comme la nécessité de mettre à disposition des matériels adaptés aux personnes à forte corpulence. La possibilité de travailler à domicile et d’aménager ses horaires (afin par exemple d’éviter les heures de pointe dans les transports en commun) devrait également être proposée aux personnes obèses selon cette proposition. 

Protéger les plus faibles : jusqu’où ?

De telles préconisations ont été largement commentées en Grande-Bretagne qui bien qu’étant le pays d’Europe le plus touché par l’obésité est également l’un de ceux où ce qui est parfois appelé la « grossophobie » est la plus marquée. Beaucoup ont estimé que l’obésité ne pouvait être assimilée à un handicap (social ou physique) et ont combattu des recommandations qui nieraient la supposée responsabilité des personnes concernées. « Si les personnes obèses ont droit à certains privilèges, pourquoi alors ne pas en accorder aux fumeurs, aux alcooliques ou aux accrocs aux jeux » a ironisé Christopher Snowdon membre de l’Institut des affaires économiques dans les colonnes du Telegraph. Ces différentes dépendances sont de fait des maladies dont les victimes sont vulnérables et pourraient mériter d’être protégées. Mais une telle logique pourrait montrer ses limites si la proportion de personnes concernées était trop importante et si les handicaps ciblés se révélaient incompatibles avec la pratique d’une activité professionnelle. Vaste débat et réflexion.

Aurélie Haroche

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