Quels facteurs de risque pour la maladie coronarienne prématurée ?

Comme son nom l’indique, la maladie coronarienne prématurée (MCP) frappe des sujets jeunes, de moins de 40 ans pour le sexe masculin et de moins de 50 ans pour le sexe féminin. La prévalence de cette entité et ses facteurs de risque plus ou moins spécifiques restent imparfaitement connus, en dépit de la masse de données épidémiologiques accumulées dans ce domaine au cours de ces dernières décennies. L’arrivée du scanner coronaire, technique peu invasive à la différence de la coronarographie, permet au demeurant d’aborder le problème sous un angle différent et plus réaliste, compte tenu du continuum lésionnel inscrit dans la définition clinique de la maladie en question et de son substratum anatomique.

Une étude transversale, par essence rétrospective,  illustre le propos, dans laquelle ont été inclus 1420 jeunes patients. Dans tous les cas, un scanner coronaire a été réalisé après injection de produit de contraste, lequel a permis de détecter les plaques athéromateuses et les sténoses. La sévérité des lésions et d’une éventuelle maladie coronarienne a été déterminée selon les critères du CAD-RADS (Coronary Artery Disease Reporting and Data System). Les données démographiques et cliniques ont par ailleurs été systématiquement recueillies.

Au total, des signes divers de MCP ont été décelés chez 14,2 % des patients et, dans 2,7 % des cas, il existait des éléments en faveurs de lésions significatives sur le plan hémodynamique. La prévalence de la MCP a augmenté exponentiellement après l’âge de 36 ans chez les hommes, versus 40 ans chez les femmes. Chez une majorité de patients, il s’agissait de plaques athéromateuses dites molles donc évolutives (p=0,0441) et l’atteinte de l’IVA proximale s’est avérée particulièrement fréquente (72,5 %).

Le tabagisme n’est pas associé à la MCP

Les facteurs de risque associés à cette MCP ont inclus les variables ou paramètres suivants : score de risque selon l’équation de Framingham (p<0,001), diabète (p<0,001), hypertension (p<0,001),  cholestérolémie totale (p=0,002), triglycéridémie (p=0,002) et LDL-cholestérolémie (p=0,011).

Paradoxalement, le tabagisme chronique n’a pas été associé à cette MCP  (p=0,381). Une analyse multivariée a permis d’isoler deux facteurs de risque indépendants corrélés à la MCP : l’âge et le score de Framingham.

Cette étude transversale qui porte sur un effectif conséquent montre que la prévalence de la MCP est bien plus élevée que ne le suggèrent des données antérieures. Le recours au scanner coronaire donne une plus juste idée de l’expression anatomique précoce de la maladie. L’augmentation exponentielle de cette prévalence à partir d’un âge-seuil très précoce (36 ans dans le sexe masculin) doit être prise en compte pour comprendre les mécanismes pathogéniques sous-jacents. L’expression de certains micro-ARNs semble différer chez les sujets atteints d’une MCP et les témoins et c’est sans doute vers cette piste génétique qu’il faut se tourner, même si les facteurs de risque classique interviennent dans l’évolution de la maladie. La recherche des causes de la MCP à tout lieu de se poursuivre activement à la lueur de ces données épidémiologiques couplées aux avancées de la génétique.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ali M Agha AM et coll. Prevalence of age-advanced coronary artery disease on coronary CT angiography. Congrès de l'American Heart Association (Anaheim) : 11 au 15 novembre 2017

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