Qu’entendez-vous par activité physique ?

Plusieurs études transversales ont établi une association positive significative entre les niveaux élevés de forme physique et l’acuité auditive. Aucune étude prospective n’a cependant permis de mettre en évidence un lien de causalité, en s’affranchissant des nombreux biais liés à l’approche transversale. Une étude japonaise pourrait quelque peu changer la donne puisqu’elle répond de fait à cette méthodologie.

Elle  a inclus 21 907 participants dont la fonction auditive était rigoureusement normale à l’état basal entre avril 2001 et mars 2002. La performance musculaire et physique, ajustée selon l’âge et le sexe,  a été évaluée sous la forme d’un index, lors de l’inclusion à partir de toute une série de tests ou variables : force du poignet, saut en hauteur, équilibre sur une jambe, flexion du tronc en avant et temps de réaction du corps entier. L’index de performance a été calculé à partir de la somme de ces éléments et exprimé sous la forme d’un z-score global. Les valeurs globales ainsi obtenues ont permis de répartir les participants en quartiles et la même méthode a été appliquée à chacun des éléments précédents.

Un suivi prolongé a été assuré pour identifier les pertes d’audition, une audiométrie tonale pure étant réalisée tous les ans d’avril 2002 à mars 2008. Les risques de perte auditive au sein de chaque quartile de « forme physique » ont été calculés  (hazard ratios [HR] avec intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %]), en s’aidant du modèle des risques proportionnels de Cox par régression.

La qualité de l’audition assortie au saut en hauteur…

Au cours de ce suivi, une perte d’audition a été détectée chez 2 765 participants. Le risque correspondant a été inversement associé à l’index de performance musculaire et physique global : le HR a ainsi décru des quartiles inférieurs aux quartiles supérieurs, ses valeurs étant respectivement de 1.00 (référence), 0,88 (0,79-0,97), 0,83 (0.75-0.93) et 0,79 (0,71-0.88) (p <0,001). Parmi les composants utilisés dans le calcul de cet index, deux ont été impliqués dans une relation de type dose-effet quant au risque de perte d’audition : le saut en hauteur (p<0,001) et l’équilibre sur une seule jambe (p<0,001).

Cette étude de cohorte prospective qui porte sur près de 22 000 participants plaide en faveur d’une relation causale entre le niveau d’activité physique ou musculaire et le risque de perte auditive à long terme. Cela reste une hypothèse pour deux raisons : en premier lieu, une seule étude n’est que rarement suffisante pour aboutir à des conclusions définitives, en second lieu, la méthode utilisée pour évaluer la performance physique/musculaire est quelque peu artisanale. Ce n’est pas un reproche mais une limite de l’étude qui n’en est pas moins des plus intéressantes : elle illustre la nécessité de s’entretenir physiquement pour maintenir l’intégrité des grandes fonctions physiologiques sans pour autant devenir marathonien…

Dr Philippe Tellier

Référence
Kawakami R et coll. : A Prospective Cohort Study of Muscular and Performance Fitness and Risk of Hearing Loss: The Niigata Wellness Study. Am J Med., 2020 : publication avancée en ligne le 17 juillet. doi: 10.1016/j.amjmed.2020.06.021.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article