Qu’est-ce que le Hikikomori ?

Décrit en 1998 par le psychiatre japonais Toshikazu Saito, le terme de Hikikomori désigne les patients, généralement de jeunes hommes, qui vivent reclus chez leurs parents, et limitent au maximum les contacts sociaux "en vie réelle". Ils abandonnent progressivement leurs études, leur emploi, leurs amis et leur famille. Ils sont souvent décrits comme incuriques, apathiques et apragmatiques. Ce n’est pas un hasard si cette description est relativement récente : en parallèle du désintéressement social, il est décrit dans le syndrome de hikikomori un temps excessif passé devant les écrans. Une étude de 2016 estime qu’au Japon environ 541 000 sujets répondraient à la définition du Hikikomori. Il existe également des cas rapportés en France. 

Mais aussi fréquente que soit cette situation clinique, constitue-t-elle une maladie pour autant ? La description de l’isolement relationnel existait déjà avant le Dr Saito, avec par exemple les travaux de Gayral datant des années 1950 sur le syndrome de claustration à domicile. En réalité, lorsqu’elle est possible, l’analyse sémiologique permet de préciser dans quel cadre se situe cette situation de « hikikomori », et on retrouve fréquemment des cas de schizophrénie, de dépression, de trouble du spectre de l’autisme, ou encore de phobie sociale. Au-delà de ces hikikomori " secondaires", on ne peut pas exclure l’existence d’hypothétiques hikikomoris "primaires", indemnes de tout trouble psychiatrique, et dont la claustration se rapprocherait davantage d’un "choix". 
 
Une étude du CPOA (Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil, Paris), tente d’alimenter ce débat par des données cliniques. Les auteurs ont ainsi déterminé qu’il était possible de poser un diagnostic psychiatrique dans 80 % des cas de Hikikomori. On peut penser qu’une partie des 20 % restant pourrait finalement avoir un diagnostic posé au cours d’une évaluation plus longue. En tous les cas, ces patients, qui se caractérisent pour la plupart par l’absence de demande d’aide, bénéficient malheureusement rarement d’une véritable évaluation psychiatrique, et on peut saluer le travail de l’équipe du CPOA pour la mise en place de visites à domicile permettant d’aller vers ces sujets en difficulté.

Dr Alexandre Haroche

Référence
A.-K. Trebalag et coll. Hikikomori : éclairage sur ces patients repliés dans l’ombre. Congrès Français de Psychiatrie, Nice, 4 au 7 décembre 2019.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article