Qu’est-ce que l’Etat de New-York pourrait être le premier à interdire aux Etats-Unis ?

Paris, le vendredi 10 janvier 2020 – L’indignation est depuis longtemps un outil politique. Les élus ont ainsi toujours eu l’habitude de prendre des décisions en "réaction" à un événement. A l’heure de l’hyper médiatisation, notre époque en donne des exemples quotidiens et saisissants.

Un rappeur innocent !

Ainsi, examinant dans quelques décennies les raisons ayant présidé à l’interdiction dans l’Etat de New York des tests de virginité, les historiens de demain seront sans doute un peu étonnés de découvrir les déclarations du rappeur américain T.I. Non pas que ce dernier ait ardemment milité contre l’implication médicale dans ces vérifications d’un autre âge, mais parce que ses déclarations, prononcées sur un ton badin, ont poussé deux élus de l’Etat de New York à agir. Invité du podcast Ladies like us, T.I. a tranquillement déclaré qu’il conduisait régulièrement sa fille de 18 ans chez le gynécologue, afin que ce dernier procède notamment à un test de virginité ! Cette révélation a suscité une avalanche de réactions et les excuses très maladroites du rappeur qui a affirmé que sa fille ne s’était jamais opposée à ces tests (!) et que bien sûr il n’était jamais présent dans la salle lors de la réalisation de ces derniers.

Intrusion misogyne et patriarcale

Le tollé a poussé deux élues démocrates de l’Etat de New York, Roxanne Persaud et  Michaelle Solages à déposer une proposition de loi visant à punir tout professionnel de santé acceptant de réaliser un test de virginité et d’établir un certificat l’attestant. Les deux femmes ont rappelé que ces « vérifications » relevaient d’une intrusion misogyne et patriarcale dans la sexualité et l’intimité des jeunes femmes, dont les médecins doivent se tenir à l’écart. Si le texte, qui rencontre le soutien d’un grand nombre d’élus, de tous bords, et qui doit être examiné en ce mois de janvier, était adopté, les praticiens qui le violeraient s’exposeraient à de lourdes amendes et à des sanctions disciplinaires.

Rappel très clair en France en 2003

L’Etat de New York deviendrait alors le premier état des Etats-Unis à légiférer explicitement sur ces tests de virginité. Selon l’ONU, une vingtaine de pays continueraient à accorder une valeur officielle à ce type d’examens, tandis que dans les pays occidentaux, les demandes, rares, ne sont cependant pas inexistantes. Or, potentiellement douloureux, humiliants et intrusifs, ces tests sont en outre loin d’être totalement fiables pour affirmer la "virginité" d’une femme (c'est-à-dire l’absence d'antécédents de rapports sexuels). En France, le Conseil de l’Ordre des médecins a clairement rappelé en 2003 que « n’ayant aucune justification médicale et constituant une violation du respect de la personnalité et de l’intimité de la jeune femme (notamment mineure) contrainte par son entourage de s’y soumettre, un tel examen ne relève pas du rôle du médecin », une position similaire à celle du Conseil de l’Ordre des sages-femmes.

Aurélie Haroche

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