Qu’est-ce que n’est pas cette photo ?

Paris, le samedi 3 juillet 2019 – Le commentaire n’est pas que mensonger. Les photos, bien qu’inhabituelles, sont « sans trucages ». Elles montrent des bœufs à la musculature impressionnante. Cependant, contrairement à ce qu’ont affirmé ceux qui les ont largement diffusées sur les réseaux sociaux ces derniers jours (elles ont été partagées au moins 5 000 fois sur Facebook et Twitter en 48 heures), elles ne sont pas des images de bœufs nourris aux hormones. Ces animaux sont des spécimens de la race BBB (blanc bleu belge) fruit d’une sélection génétique débutée dans les années 1950 et visant à privilégier le développement de la musculature. Pas de trucage donc, mais pas d’hormones non plus !

Le recours et le détournement de ces photos impressionnantes servaient un discours politique quelque peu alarmiste en marge de la ratification le 23 juillet dernier par les députés français du Ceta, traité de libre-échange entre la France et le Canada. Ce texte soulève en effet les inquiétudes d’une grande partie de la population et des agriculteurs, qu’ont imparfaitement essayé d’apaiser les membres du gouvernement. Parmi les craintes soulevées : l’introduction en France de produits agricoles ne répondant pas aux mêmes exigences sanitaires que celles qui s’imposent dans notre pays et en Europe.

Des farines qui sentent le soufre

Pourtant, concernant les bœufs nourris aux hormones, les dispositions sont claires. Alors que l’Union européenne « interdit l’administration sans objectif thérapeutique de substances chimiques à des animaux en bonne santé », le CETA ne permettra pas l’importation de viande prélevée sur des animaux traités par des anabolisants. Si ces craintes ne semblent donc pas nécessairement fondées, d’autres critiques paraissent plus légitimes. Ainsi, alors que les farines, produites à partir de restes d’animaux et destinées à nourrir les bêtes d’élevages, sont interdites en Europe depuis la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), le CETA (et les autres accords commerciaux entre la France et différents pays) pourrait conduire au retour en France de viande issue d’animaux ayant reçu une telle alimentation. Le gouvernement s’en est défendu âprement, ce qui s’explique par la grande sensibilité du sujet. Cependant, les spécialistes font remarquer qu’aujourd’hui « ces farines ne présentent aucun danger sanitaire, dans la mesure où (…) les processus industriels d’inactivation du prion ont été rendus systématiques », rappelle cité par Le Monde, Lionel Fontagné, professeur d’économie à la Paris School of Economics de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne. Pas sûr cependant qu’un tel argument suffise à apaiser les esprits.

Antibiotiques : une période d’incertitude jusqu’en 2022 au maximum

Enfin, concernant les bœufs traités aux antibiotiques où là encore les méthodes observées entre l’agriculture européenne et canadienne diffèrent, le CETA n’exclut pas l’arrivée dans notre pays d’animaux ayant reçu des cures systématiques d’antibiotiques. Si une réglementation adoptée par le Parlement européen en 2018 est un rempart aux importations de ce type, elle pourrait n’entrer en vigueur qu’en 2022.

Aurélie Haroche

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