Qui est le Dr Jekyll et Mr Hyde de la santé cardiovasculaire ?

Paris, le samedi 11 juin 2016 – C’est une réunion où l’on parle de sciences, de philosophie, d’histoire ou d’épistémologie. Passionnant peut-être, mais sans doute pas de quoi se dérider très efficacement. Pourtant, le concours qui s’est déroulé le 31 mai dernier n’a guère à rougir face à certains spectacles de "stand up". Les acteurs sont ici des doctorants. Leur objectif : forcer leur naturel pour expliquer en termes simples le sujet de leur thèse. Et ce en 180 secondes pas plus. Le plus souvent pour atteindre cet objectif, l’humour est un solide atout.

La racaille du quartier

C’est notamment celui du lauréat de l’édition française 2016 de Ma thèse en 180 secondes, concours né en Australie en 2008, décliné depuis dans de nombreux pays et importé en France en 2014 par le CNRS. La thèse de Mathieu Buonafine (Université Pierre et Marie Curie) porte sur un sujet ardu comme en témoigne son titre : « Etude du rôle de la Neutrophil Gelatine Associated Lipocalin dans les effets cardiovasculaires de l’activation du récepteur minéralocorticoïde ». Pour expliquer l’importance de ses travaux, Mathieu Buonafine commence par rappeler le poids représenté par les maladies cardiovasculaires. Puis, pour attiser la curiosité des auditeurs, il indique que son laboratoire « mène l’enquête ». Tout son discours file ainsi la métaphore du suspens policier. Le « suspect principal » est le récepteur minéralocorticoïde. Ce dernier semble vouloir jouer avec la sagacité des biologistes inspecteurs, se révélant en effet un véritable « Docteur Jekyll et Mr Hyde ». Il mène en effet une « double vie » raconte Mathieu Buonafine. Il est d’une part un « citoyen modèle », dont le rôle est essentiel dans la régulation de notre pression artérielle. Mais le récepteur minéralocorticoïde cache bien son jeu puisqu’il participe à la « mise en place de nombreuses maladies cardiovasculaires » explique le jeune doctorant. En mettant en lumière cette « double vie », Mathieu Buonafine signale la complexité de la situation. « Mais pas de panique ! » lance le jeune chercheur : « Si on ne peut pas s’attaquer au criminel pourquoi on ne s’attaquerait pas à ses complices » propose-t-il. La « piste » est celle de la molécule Neutrophil Gelatine Associated Lipocalin (NGAL), suspectée en raison de son implication dans différentes pathologies. « NGAL c’est un peu la racaille du quartier si vous voulez, toujours fourrée dans les mauvais coups » s’amuse Mathieu Buonafine. Aussi, le but de la thèse de cet étudiant est de comprendre le « mode opératoire » de NGAL, comprendre comment il « assiste le récepteur minéralocorticoïde dans la mise en place des maladies cardiovasculaires ». Pour élucider ce mystère, il mène ses travaux sur des souris transgéniques dont la particularité est qu’elle n’exprime pas la fameuse NGAL. Le récepteur minéralocorticoïde continue-t-il à jouer les Mr Hyde sans l’assistance de son complice ? Il faudra un peu plus de 180 secondes à Mathieu Buonafine pour le savoir !

Léa Crébat

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