Qui est vacciné contre la grippe en Europe ?

Qui s’est fait vacciner, en 2006/ 2007, et en 2007/2008, contre la grippe en Europe ? En théorie, c’est simple, et on connaît parfaitement ceux qui, selon les recommandations de la WHA (Word Health Assembly) devraient l’être : les seniors et les groupes à risque. Sauf que les recommandations varient d’un pays européen à l’autre. La vaccination est ainsi préconisée à partir de 65 ans en République Tchèque, en Finlande, en France, en Irlande, en Italie, au Portugal, en Espagne et au Royaume-Uni, alors qu’elle est recommandée à partir de 60 ans en Allemagne, ou encore à partir de 50 ans en Pologne. Et c’est un peu pareil pour les groupes à risque, qui comprennent les maladies rénales et hépatiques sauf en Rep. Tchèque, en Italie et en France ; les femmes enceintes en Autriche, en Italie, au Portugal et en Espagne ; et les enfants sains entre 6 et 23 mois en Autriche et Finlande... Il n’y a guère, semble t-il, que sur une vaccination large du personnel soignant que l’accord soit complet. Avec, pour tout le monde, cet objectif répété de l’OMS : atteindre en 2010 une couverture vaccinale de 75 % des plus de 65 ans…

Et en pratique ? En pratique évidemment c’est plus compliqué et pas toujours en accord avec la théorie. Pour connaître la réalité du terrain, une vaste étude a été menée dans 11 pays d’Europe durant les saisons grippales 2006/2007 et 2007/2008 par téléphone, mails et interviews face à face auprès d’environ 2 000 personnes/pays/an censées être représentatives de la population de chacun des pays.

Les résultats de cette enquête inhabituelle se sont révélés souvent surprenants, et pour le moins très hétérogènes. Les taux de couverture de la cible âgée sans risque surajouté varient de 13,9 % en Pologne à 70,2 % au Royaume-Uni en 2007/2008 (France et Espagne # 65 %). Chez les patients de moins de 65 ans souffrant de maladies chroniques, les taux sont de 11,1 % en Pologne, de 40 % France et en Espagne et de 56 % au Royaume-Uni. Les seniors à condition chronique présentent de loin les taux de vaccination les plus élevés : 90 % au Royaume-Uni, 75 % en Allemagne et 80 % en France, avec des chiffres supérieurs à 50 % dans 8 pays sur 11. Le personnel soignant (à forte composante paramédicale) ne semble nulle part très réceptif au message de prévention, avec un maximum de 26,3 % seulement en Rep. Tchèque. Les enfants, enfin, sont globalement peu protégés, de 4,2 % en Irlande à 19,3 % en Rep. Tchèque.

Tous les interviewés se déclaraient conscients de la gravité potentielle de l’infection, mais ceux qui n’étaient pas « passés à l’acte » ne se sentaient pas menacés. A noter qu’un médecin de famille convaincant semble être un facteur clé de vaccination.

Ce travail, repris sur 12 pages de revue et comportant de nombreux tableaux, ne peut être résumé en quelques lignes et ceux qui s’intéressent aux résultats et variations saisonnières (de très faible amplitude sur les 2 années concernées) s’y rapporteront. Ce qui apparaît ici clairement, c’est que l’Europe n’est globalement pas très bien vaccinée (avec des taux moyens dans la population générale variant de 9,5 % en Pologne à 28,7 % au Royaume-Uni), et que le message semble très différemment perçu par les différents groupes à risque (exemple des seniors avec condition chronique et des personnels soignants). Les enfants sont aujourd’hui souvent considérés comme vulnérables, à risque de complication et très disséminateurs de virus ; malgré cela on manque énormément, selon les CDC Européens, d’informations les concernant. S’ils s’avèrent être réellement à risque, les résultats présentés ici montrent l’importance de l’effort à fournir…

Dr Jack Breuil

Référence
Blank PR et coll. : Vaccination coverage rates in eleven European countries during two consecutive influenza seasons. Journal of Infection 2009 ; 58 : 446-458.

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