Qui n’est pas prête de partir skier avec un chercheur ?

Paris, le samedi 10 octobre 2015 – La question du statut des fonctionnaires a gentiment fait trembler le gouvernement et le parti socialiste ces dernières semaines, à la faveur de considérations lancées, peut-être un peu trop haut, par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Au-delà de la polémique, plusieurs observateurs ont souligné que les pouvoirs publics ne pourraient sans doute pas éternellement faire l’économie d’une réflexion sur le sujet. Telle est était la teneur des propos de la journaliste Hélène Pilichowski dans l’émission C dans l’air (France 5), le 1er octobre dernier. La polémiste soutenait qu’il ne serait pas inutile d’envisager des conditions différentes en fonction des secteurs. Pour illustrer ses propos, elle proposa l’exemple des chercheurs, considérant qu’une "nomination" à vie ne pouvait guère contribuer à maintenir ardentes la passion et la curiosité nécessaires à une telle activité. « Je suis grenobloise et dans ma région nous le savons bien, après quelques années, tous les chercheurs sont sur les pistes de ski ou les courts de tennis ». Sourire chez les autres invités du plateau et la présentatrice et poursuite de la conversation sur d’autres thèmes.

Avant que la neige arrive

Tous n’ont pas souri à ce portrait léger des chercheurs grenoblois. Ces derniers ont adressé à la journaliste une lettre ouverte publiée dans le Dauphiné libéré. « Nous, physiciens, chimistes, biologistes, médecins, économistes, informaticiens, juristes, historiens, philosophes, roboticiens (…) tous chercheurs et enseignants chercheurs grenoblois attachés à ce territoire dont nous contribuons (…) à faire croître l’attractivité par-delà nos frontières sommes profondément choqués par vos propos » débutent-ils. Les chercheurs s’attellent ensuite à rectifier certaines erreurs de la journaliste et rappellent notamment que les jeunes recrues sont loin de pouvoir débuter leur carrière à « 25, 28 ans ». Ils soulignent encore combien les laboratoires grenoblois sont régulièrement à l’origine de « découvertes » essentielles pour la « science mondiale » et porteuses « d’innovation pour la société toute entière » et ils citent notamment les travaux sur la stimulation cérébrale profonde du professeur Benabid, autant de progrès qui auraient été rendus difficiles si les équipes grenobloises et d’ailleurs consacraient la majeure partie de leur temps sur les pistes ou les courts de tennis. Ils achèvent cependant leur missive par un trait d’humour proposant à la journaliste de venir visiter leurs laboratoires… avant que la neige n’arrive.

Déjà sous Pompidou

Cette controverse s’inscrit dans une longue lignée de critiques lancées sur le même mode par différents hommes politiques ces dernières décennies à propos des chercheurs (on se souvient des « chercheurs en chaise longue » d’un ministre de la recherche de Georges Pompidou). Elle témoigne de la méconnaissance de la réalité du quotidien des chercheurs… et peut-être aussi de l’extrême difficulté d’évoquer l’éventuelle opportunité d’une évolution de leur statut.

Léa Crébat

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