Qui poursuit sa route en dépit de nombreux avis négatifs ?

Paris, le samedi 4 mai 2019 – S’agit-il d’une « ânerie ou du futur de la médecine » ? Telle est la question, même si l’un n’exclut pas l’autre, que se posait le médecin auteur du blog Médicalement geek il y a trois ans, en découvrant la naissance du site Deuxièmeavis.fr. Ce portail qui s’inscrivait dans la mouvance de nombreux sites similaires aux Etats-Unis proposait pour la modique somme de 295 euros aux patients souhaitant disposer d’un "deuxième avis" de remplir un questionnaire (précis et sécurisé) en ligne et de bénéficier en quelques jours (mais sans examen médical) de l’expertise d’un spécialiste. Le dispositif, tout en étant parrainé par un comité prestigieux (de Laurent Degos, ancien président de la Haute autorité de Santé à Didier Sicard, en passant par le professeur Dominique Franco, ancien chef de service de chirurgie digestive à l’hôpital Antoine Béclère) et soutenu par le Collectif interrassociatif de patients (CISS) avait suscité un tollé dans le monde médical. Les critiques avaient notamment concerné les dérives commerciales d’une telle entreprise et redouté les failles médicales de l’expertise.

13 millions de bénéficiaires, 2,5 millions d’euros

Si beaucoup d’initiatives comparables n’ont guère résisté à ce vent hostile, Deuxième avis.fr paraît connaître une destinée bien plus profitable. Ainsi, un communiqué de presse flatteur vient d’être envoyé à de nombreuses rédactions. La start-up se félicite ainsi : « d’annoncer le chiffre de 13 millions de bénéficiaires avec comme ambition de faire du deuxième avis médical un droit pour tous les patients atteints d’une maladie grave ». Le texte précise encore : « Six mois après avoir levé 2,5 millions d’euros auprès de fonds à impact social, la plateforme deuxiemeavis.fr vient d’annoncer qu’elle est désormais accessible à près d’un Français sur cinq. Ce site permet aux patients confrontés à un problème de santé grave d’obtenir un deuxième avis médical auprès de médecins experts de leur maladie. Un service pris en charge à 100 % par les complémentaires santé ou courtiers partenaires (…). La startup parisienne permet ainsi au patient et à son équipe médicale traitante de s’appuyer sur un deuxième avis médical – sous la forme d’un compte-rendu écrit et personnalisé – pour éclairer ou faciliter la prise de décision. »

Silence

Toujours soutenue par Laurent Degos qui détaille dans une interview vidéo les avantages du dispositif et proposant encore un discours affichant une volonté de répondre à une attente des patients, la plateforme ne suscite désormais du côté de ses détracteurs que le silence. Lassitude ou fatalisme ? L’un, une fois encore, n’exclut pas l’autre.

Léa Crébat

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article