Qu’ont de spécifique les Bajau ?

Jakarta, le samedi 28 avril 2018 – Sur l’île de Sulawesi (Indonésie), certains pêchent d’autres pas. La mer est un havre nourricier pour tous, mais si certains n’hésitent pas à exploiter les fonds à la recherche de victuailles, d’autres se contentent de cueillette en surface. Ainsi, les Bajau et les Saluan, communautés qui vivent à moins d’une trentaine de kilomètres sur le même confetti de terre, n’ont pas du tout développé les mêmes stratégies face à la mer. Il faut dire que les Bajau présentent des aptitudes particulières à la plongée. Glissant parfois à plusieurs dizaines de mètres sous la surface (mais demeurant généralement entre 5 et 7 mètres), sans utiliser aucun équipement, ils peuvent demeurer plusieurs minutes à la recherche de vivres, quand d’autres s’épuisent dès les premières secondes. Les Bajau ne se posent guère de questions sur cette habitude, même si certains en tirent une véritable fierté. Cette particularité a cependant suscité la curiosité d’une équipe internationale de chercheurs composée de Danois, Britanniques, Américains, Néerlandais et Indonésiens.

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Conduisant ces travaux, Mellisa Ilardo (université de Copenhague) est allée à la rencontre de ceux que l’on appelle les « nomades de la mer » pour observer leur pratique. Puis, en s’appuyant sur des travaux ayant mis en évidence un lien entre taille de la rate et temps de plongée, elle a effectué des mesures comparées de cet organe chez des Bajau et des Saluan. Résultat : les premiers présentent une rate d’une taille environ 50 % supérieure à celle des seconds. Constatant cette différence, Melissa Ilardo et son équipe ont poursuivi leur investigation sur le terrain génétique. Le séquençage du génome de 59 Bajau, 34 Saluan et 60 Chinois Han a été réalisé. Ces analyses ont permis de mettre en évidence des spécificités génétiques chez les Bajau qui pourraient expliquer leur exceptionnelle aptitude à la plongée. Ainsi, le volume de la rate des Bajau pourrait être lié à des variations génétiques du gène PDE10A (contribuant à un réservoir plus important de globules rouges oxygénés). Par ailleurs, une spécificité génétique associée au gène BDKRB2, à ce jour le seul identifié comme étant impliqué dans la réponse physiologique à la plongée, a également été mise en évidence. Ces données publiées dans la revue Cell le 18 avril et qui ont fait l’objet de différents commentaires (notamment sur le site du journaliste médical blogueur Marc Gozlan) ouvrent la voie à des recherches médicales qui pourraient être d’importance, également en exploitant le lien entre ces découvertes et le fonctionnement de la thyroïde.

Diane Caulet

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