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À la pénurie de psychiatres vient s’ajouter, explique The Canadian Journal of Psychiatry, une autre difficulté : la faible inclination des psychiatres pour accepter de nouveaux patients ambulatoires, en se contentant de recevoir surtout des patients déjà connus !  Ce sujet est documenté par une étude réalisée en Ontario (Canada) et analysant des statistiques relatives à « tous les psychiatres actifs à temps plein en Ontario », pour la période comprise entre 2009 et 2014. Un modèle de régression[1] a été utilisé pour évaluer le nombre de nouveaux patients reçus en tenant compte des cas traités, du volume des clients ambulatoires, et des caractéristiques des pratiques des psychiatres. Cette étude permet aux auteurs de constater qu’environ 10 % des psychiatres plein temps ne reçoivent qu’un seul nouveau patient ambulatoire, ou moins par mois. Encore 10 % des psychiatres acceptent un à deux nouveaux patients par mois. Trois styles de pratique professionnelle distincts sont identifiés. Et, parmi celles-ci, les auteurs précisent un style de pratique propre à 29 % des psychiatres qui reçoivent moins de deux nouveaux patients par mois et ont une clientèle de 69 patients ambulatoires uniques en moyenne par an. Comparativement aux deux autres types de pratiques, ces professionnels tendent à voir moins de « cas lourds » (moins de patients avec des antécédents d’hospitalisation en psychiatrie) et moins de « cas sociaux » (moins de patients habitant dans des quartiers défavorisés).

YAVIS versus HOUND

Alors que les auteurs estiment que leur étude confirme la nécessité de promouvoir l’accès aux soins en s’interrogeant sur le rôle du psychiatre au sein du système de santé canadien, leur dernier constat (cette préférence de 29 % des psychiatres pour les « cas légers » et les sujets « plus aisés ») rappelle une critique classique faite aux psychiatres, et résumée par l’acronyme YAVIS[2] (dû à William Schofield, dans son ouvrage de 1964 Psychotherapy, The Purchase of Friendship). Le patient « idéal » serait ainsi un sujet du sexe opposé à celui du psychothérapeute, jeune (Young), désirable (Attractive), à la conversation agréable (Verbally fluent), au psychisme irréprochable (Intelligent), et assuré de succès dans l’existence (Successfull) ! Bref, l’opposé du sujet avec d’importants troubles mentaux, et pauvre de surcroît... Loin d’être un problème léger, ce phénomène est dénoncé par un autre acronyme, HOUND[3], pour attirer au contraire l’attention sur le type opposé de patients: sans logis, pauvre (Homely), âgé (Old), peu attrayant (Unattractive), peu loquace (Nonverbal) et stupide (Dumb). Notons le jeu de mots, car le terme « hound » désigne un chien, ce qui suggère que les psychiatres ne portent pas spontanément leur intérêt vers les pauvres hères...

Dr Alain Cohen

Référence
Rudoler D et coll.: Closed for business? Using a mixture model to explore the supply of psychiatric care for new patients. Canadian J Psy ; 2019 ; 64(8) : 568–576.

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Vos réactions (1)

  • Renoncement au "désir soignant"...

    Le 16 août 2019

    Par chez nous, il existe des critères objectifs de suivi d'une population psychiatrique très affectée et/ou paupérisée par les professionnels du sujet : il s'agit en effet du recensement par les CPAM du pourcentage de patients en ALD PSY, ceux en CMU/ACS et, ceux déclarés reçus en urgence...

    Recensement effectué chaque année et adressé à chaque praticien, facilement exploitable par les CPAM.

    Dr Frederic Lascoutounax

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