Recherche sur les cellules souches embryonnaires : un statu quo dénoncé par tous et qui n’a pas de sens

Paris, le vendredi 29 janvier 2010 – Les institutions les plus importantes s’étant penchées sur le sujet ces deux dernières années ont toutes souligné la nécessité d’autoriser purement et simplement la recherche sur les cellules souches embryonnaires en France. Qu’il s’agisse de l’Agence de biomédecine, de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), du Conseil d’Etat ou encore de l’Académie de médecine, toutes ces institutions ont souligné que le système actuel reposant sur une interdiction assortie d’un moratoire n’avait plus lieu d’être. L’Académie nationale de médecine en se prononçant en juin 2009 en faveur d’une « autorisation sans contrôle » avait même considéré que « le système (…) d’interdiction avec dérogation risque de compromettre gravement la pérennité des recherches ou plus généralement de l’activité scientifique et technique développée au profit des malades ». Pourtant, en dépit de toutes ces voix favorables à un régime d’autorisation clair, la mission parlementaire d’information sur la révision des lois de bioéthique (qui pourrait avoir le plus d’influence sur la rédaction de la législation future) a plaidé pour un maintien de l’interdiction. Elle a estimé que l’autorisation des recherches devait continuer à être soumise à des dérogations au cas par cas, mais a cependant reconnu qu’elles ne devaient plus être limitées dans le temps.

Illisibilité

Le caractère absurde d’un tel dispositif a été clairement dénoncé par plusieurs scientifiques français auditionnés ce 27 janvier par l’OPECST. Qu’il s’agisse de Laure Coulombel (INSERM), de Philippe Menasché (HEGP) ou encore de Marc Peschanski (I-Stem), tous ont dit combien le système visant à poser une interdiction de principe tout en mettant en place sa « transgression » se révélait proprement « illisible ». Leur intervention était en outre destinée à présenter les différents arguments en faveur d’une facilitation des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines. Laure Coulombel a notamment évoqué « les enjeux (…) internationaux », faisant allusion aux législations bien plus souples dont bénéficient nombres de chercheurs étrangers, tels les Britanniques et désormais les Américains. Les scientifiques français conviés par l’OPESCT ont également souligné que les cellules souches pluripotentes induites (IPS) parfois proposées comme une alternative possible aux cellules souches embryonnaires humaines présentaient, pour l’heure tout du moins, quelques limites. « De nombreuses inconnues subsistent quant à la sécurité et à la fiabilité des IPS » ont fait valoir les chercheurs. Enfin, évoquant l’avancée de leurs travaux, ils ont témoigné combien serait dommageable une interruption brusque liée à un régime législatif complexe et paradoxal. Ainsi, Philippe Menasché a annoncé qu’il « préparait de façon active » un essai clinique basé sur des cellules souches embryonnaires, destiné au traitement de l’insuffisance cardiaque.

Aurélie Haroche

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