Recrudescence de la syphilis néonatale aux Etats-Unis, les leçons de la Louisiane

Aux États-Unis, après une diminution entre 2008 et 2012, le nombre de cas de syphilis néonatale a plus que doublé passant de 362 cas en 2013 à 918 en 2017, chiffre le plus important depuis 20 ans selon le CDC avec 64 mort-nés.

Une récente analyse, en 2016, a montré que un quart des femmes enceintes infectées par la syphilis transmettent l’infection à leur enfant et que plus de 40 % des enfants dont les mères infectées ne sont pas traitées sont mort-nés ou meurent peu après la naissance.

Les conséquences cliniques d’une syphilis congénitale sont l’ictère, des rashs, une hépatosplénomégalie ou une anémie sévère. Les nouveau-nés survivants après le 1er mois ont des retards de développement et des anomalies osseuses et articulaires.

La syphilis pouvant être asymptomatique, il est nécessaire de la rechercher pendant la grossesse. Selon le CDC, une femme enceinte avec une syphilis non traitée a 80 % de risque de transmettre le tréponème à son enfant.

Une injection unique ou une injection hebdomadaire de pénicilline à duré prolongée pendant 3 semaines, selon la durée d’évolution de la maladie, réduit le risque de transmission materno-fœtale pratiquement à zéro.

Les tests diagnostiques sont performants, le traitement efficace alors pourquoi une recrudescence des cas ?

Les insuffisances du dépistage

Les causes semblent multiples mais reposent essentiellement sur un dépistage non optimal.

Il est recommandé de faire uniquement un dépistage lors de la première visite prénatale. Le CDC conseille en cas de haute prévalence dans la communauté où vit la future mère et en fonction de l’histoire sexuelle des patientes, de faire un nouveau test au troisième trimestre et à la naissance. En effet, le test peut être négatif au 1er trimestre mais la future mère a le temps de s’infecter par la suite. La répétition des tests au 3e trimestre serait financièrement avantageuse et améliorait la santé maternelle et néonatale.

Le manque de dépistage en fin de grossesse n’explique pas tout. En effet, le nombre de cas diffère selon les états. En Louisiane, qui pourtant recommande un dépistage au 3e trimestre, le taux est le plus élevé des USA avec 93,4 cas pour 100 000 naissances vivantes soit 4 fois plus que le taux moyen américain de 23,3 cas pour 100 000 naissances.

Dans cet état, sur 69 cas recensés, 15 n’avaient pas eu de dépistage en fin de grossesse, 5 aucun dépistage pendant la grossesse, 4 étaient liés à un retard de traitement, 2 à une mauvaise interprétation des résultats, 21 n’avaient pas eu de suivi après le dépistage, 19 femmes enceintes n’avaient pas été suivies tout au long de la grossesse. Enfin dans 1 cas de prématurité, le traitement n’avait pu être instauré à temps et dans 1 cas le traitement était incomplet.

Ainsi se pose la question du manque d’informations sur cette maladie peu enseignée auprès des équipes soignantes car considérée comme ancienne et sur l’information sur les IST auprès des jeunes notamment sur les traitements possibles existants.

Rappelons juste qu’en France, les recommandations de l’HAS de mars 2017 préconisent de réaliser lors du premier examen prénatal, idéalement lors du premier trimestre de la grossesse un dépistage de la syphilis qui doit être renforcé chez les femmes à risque (celles ayant des rapports sexuels non protégés avec un nouveau partenaire après le premier dépistage ou celles dont le conjoint est dans cette situation) par la réalisation d’un deuxième test au troisième trimestre, idéalement avant la 28e semaine de grossesse.

Dr Sylvie Coito

Référence
Rubin R et coll. : Why are Mothers still Passing syphilis to Their Babies ? JAMA, 2019 ; publication avancée en ligne le 6 février. doi: 10.1001/jama.2018.20843.

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