Réforme de l'AME et désinformation creusent la misère du monde

Marseille, le lundi 18 octobre 2004 - De très nombreuses associations et organismes, de la Ligue des droits de l'homme à Act up en passant par Médecins du Monde (MDM) ont eu beau multiplié les recours et les manifestations, le système de l'Aide médicale d'Etat (AME) destiné aux étrangers en situation très précaire et résidant sur le sol français sans titre de séjour valable a connu quelques modifications et ne peut désormais plus bénéficier qu'aux patients pouvant justifier qu'ils vivent en France depuis plus de trois mois. Une réforme qui selon MDM a accéléré un « recul de l'accès aux soins » des plus démunis, comme en témoigne l'augmentation de la fréquentation de tous les centres de l'association. A l'occasion de la journée internationale du refus de la misère, la directrice de l'organisation, Françoise Jeanson a estimé cette progression à 15 % depuis le début de l'année par rapport à 2003. « On est en train de supprimer la gratuité des soins pour les plus précaires. Il faut absolument leur faciliter l'accès aux soins. Ce n'est pas difficile », a-t-elle déclaré. En juin dernier, le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy avait envisagé que par voie de circulaire l'accès en urgence à l'AME puisse être rétabli, mais le texte n'a toujours pas été rédigé.

L'AME bénéficie aujourd'hui à plus de 150 000 personnes et son coût pour la sécurité sociale représente entre 600 à 750 millions d'euros. Si l'opportunité d'une réduction des droits des étrangers sans papier à accéder à ce système est en effet discutable, une autre réforme de l'AME aurait pu s'imposer quand on en connaît les nombreux dysfonctionnements, liés à l'absence d'instance de régulation. L'augmentation du nombre d'inspecteurs chargés de vérifier la véracité des déclarations eut sans doute permis d'importantes économies sans pour autant que les patients, ayant véritablement besoin de ces soins gratuits, en pâtissent.

Mais au-delà de la réforme de l'AME, l'absence d'information explique l'afflux des malades vers les vingt et un centres de médecins du monde. Coordinatrice administrative du centre de Marseille, Sophie Beau indique ainsi que : « Près de 80 % des patients qui passent au centre ont théoriquement droit soit à la CMU, soit à l'AME mais ils ne le savent pas ». A titre d'exemple, elle évoque le cas d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, originaire de Mayotte, qui ignorait qu'en tant que français, il pouvait bénéficier tout simplement de la CMU. Aussi, au travail de soins des bénévoles, s'ajoute une harassante et délicate mission administrative, qui les laisse aujourd'hui pour la plupart épuisés et parfois sans espoir. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

L.C.

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