Rémunération des IPA : ça coince déjà !

Paris, le mardi 5 novembre – Alors que les futurs infirmiers de pratique avancée usent encore leur blouse blanche sur les bancs de la faculté, la rémunération de ces "supers infirmiers" fait polémique.

Ça coince en ville…

En ville, si la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie) et deux des trois syndicats représentatifs de la profession (la Fédération Nationale des Infirmiers, FNI et le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux, SNIIL) sont parvenus à un accord hier, il est loin de faire l’unanimité. Ainsi, selon l’Union nationale des infirmiers en pratique avancée (UNIPA), fraichement constituée et déjà forte de 289 adhérents, « 95 % » des futurs IPA « refusent la signature de l’avenant en l’état ».

Ce septième avenant à la convention nationale prévoit des rémunérations au forfait.

Le premier (20 €) rémunérera la vérification, par l’IPA, de l’éligibilité du patient au suivi par ce professionnel.

Une fois l’éligibilité vérifiée, quatre forfaits trimestriels de suivi peuvent être facturés par an et par patient. Le premier forfait de l'année correspond à une consultation plus longue et sera rémunéré  58,90 euros par patient, les trois suivants seront valorisés chacun 32,70 euros par patient et par trimestre. A noter qu’une partie de ces consultations de suivi trimestriel pourra être réalisée à distance par vidéotransmission.

Pour les patients dont la prise en charge est plus complexe en raison de leur âge (enfants de moins de 7 ans et patients âgés de 80 ans et plus, soit 20% de la patientèle programmée), une majoration d’un montant de 3,90 € pourra être appliquée. Si besoin, les frais de déplacement pourront être facturés à chaque passage au domicile du patient.

Les parties prenantes à ce nouvel avenant ont également convenu de majorer l’indicateur d’exercice coordonné du forfait annuel d’aide à la modernisation. Cet indicateur d’un montant de 100 euros pour les infirmiers libéraux a été porté à 400 euros pour les IPA conventionnés, et jusqu’à 1 120 euros pour les IPA conventionnés exerçant en zone médicalement sous dense.

De plus, les partenaires conventionnels ont prévu la mise en place d’une aide financière pour soutenir le démarrage de l’activité exclusive en pratique avancée et ce, quelle que soit la zone d’installation de l’IPA. Cette aide d’un montant de 27 000 euros sera versée pendant deux ans, mais sera conditionnée au nombre de patients suivis (50 patients la première année et 150 patients la suivante). Au-delà de 300 patients, les partenaires conventionnels ont considéré que la viabilité économique de l’activité est assurée et ne nécessite plus cette aide.

…et à l’hôpital !

Si ces conditions suscitent, nous l’avons dit, des réserves, les IPA libéraux considérant qu’ils percevront moins que leurs collègues non IPA, ces dernières s’expriment également à l’hôpital, alors qu’Agnès Buzyn a fait part de ses premières propositions qui verraient la rémunération des "supers infirmiers" en milieu hospitalier atteindre 2 050 euros bruts au 1er échelon. Il y a quelques semaines, ces futurs professionnels regroupés en collectif dans neuf universités ont ainsi interpellé le ministre dans une lettre ouverte. « Madame la ministre, nous refusons de voir la pratique avancée comme un grade supplémentaire, mais nous la souhaitons véritablement comme une nouvelle profession. Celle-ci doit être valorisée à juste titre et nous sommes indignés par la rémunération que vous nous proposez. Nous pensons qu’accepter d’exercer à ces conditions, (…) c’est renoncer au déploiement de la pratique avancée (…). Nous revendiquons une rémunération brute de 2 624,16 euros au 1er échelon ». Déterminés, les auteurs préviennent : « s’il n’y a pas de revalorisation salariale, cela ne marchera jamais

A bon entendeur…

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Les IADE dindons de la farce

    Le 05 novembre 2019

    Il était temps que la France se lance dans la pratique avancée, mais une fois encore il va falloir que cela soit fait à une sauce bien spécifique à ce pays. Les rémunérations doivent être à la hauteur des études faites et des responsabilités prises. Il serait temps de mettre les formations pour des postes de responsabilité avancée avec un niveau master à la hauteur de ce qui se fait dans d'autres professions que les infirmières: serait-ce encore là une preuve de cet archaïsme qui veut qu'une femme soit moins bien rémunérée qu'un homme ? La profession infirmière souffre de cela depuis des décennies.
    Dans ces discussions il ne faudrait pas non plus oublier ceux qui font de la pratique avançée depuis toujours et qui font face à un refus quasi obsessionnel des différents gouvernements pour le reconnaitre, je veux parler des Infirmiers Anesthésistes. C'est les infirmiers anesthésistes qui ont été les premiers à démontrer qu'une pratique infirmière pouvait être bien au-delà de seules tâches d'exécution et ont ouvert la voie à ce qui deviendra la Pratique Avancée aux Etats-Unis. D'autres domaines d'exercice se sont ensuite inspirés de ce niveau d'autonomie et de prise de responsabilité avec succès et efficience. Il ne faudrait pas que les IADE soient les dindons de la farce. Ils font de fait partie de ce concept de Pratique Avancée.

    Pascal Rod
    Directeur exécutif de la Fédération Internationale des Infirmiers Anesthésistes

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