Résistance à l’aspirine dans le diabète de type 2 : des liens avec le contrôle glycémique et l’obésité ?

Différentes études ont attiré l’attention sur la fréquence de la résistance à l’aspirine utilisée comme antiagrégant plaquettaire chez les patients à risque accru de maladie cardiovasculaire, qui pourrait toucher de 5 à 60 % des adultes, selon les populations soumises à analyse et selon la méthode de mesure. Certains travaux ayant suggéré en outre que la prévalence de la résistance à l’aspirine serait accrue les diabétiques, tandis que d’autres ne retrouvaient pas cette augmentation de prévalence, des auteurs américains ont cherché à préciser les relations entre résistance à l’aspirine et hémoglobine glyquée (HbA1c), obésité, dépression, chez des diabétiques de type 2.

Ces auteurs ont évalué la résistance à l’aspirine, par mesure du temps d’occlusion à l’analyseur PFA-100, chez 48 patients atteints de diabète de type 2, venus consulter en routine. La résistance à l’aspirine a été définie par un temps d’occlusion inférieur à 192 s.

Cette population d’étude de 48 diabétiques de type 2, dont la médiane d’âge était de 68 ans (56-77 ans), comptait 58 % de femmes, 10 % de fumeurs, 38 % d’obèses (indice de masse corporelle [IMC] supérieur à 30), et 31 % de patients dont le taux d’HbA1c atteignait ou dépassait 8 %. La médiane du temps d’occlusion au PFA-100 était de 281 s (216-300), et 11 patients (23 %) avaient une résistance à l’aspirine.

L’analyse associe, significativement, résistance à l’aspirine et taux d’HbA1c supérieurs ou égaux à  8 %, avec un odds ratio (OR) de 11 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 2 à 54 ; p = 0,02) pour la comparaison aux patients dont le taux d’HbA1c était inférieur à 8 %.
Elle met en évidence une association significative entre résistance à l’aspirine et obésité (OR=7 ; IC95 de 2 à 33 ; p = 0,01). Les ajustements sur l’âge et le sexe n’ont pas modifié ces associations entre taux d’HbA1c, IMC dépassant 30 et résistance à l’aspirine.

La stratification selon l’utilisation ou non d’un traitement par l’insuline montre, chez les 16 patients sous insulinothérapie, que 60 % des patients ayant une résistance à l’aspirine avaient des taux élevés d’HbA1c ; cette proportion étant de 36,4 % chez les patients sans résistance à l’insuline observée. Les chiffres correspondants étaient, chez les diabétiques n’ayant pas reçu d’insulinothérapie, de 83,3 % versus 11,5 %.

L’analyse montre aussi une relation, limite, non significative, entre résistance à l’aspirine et existence d’au moins un symptôme de dépression (OR=8 ; IC95 de 0,9 à 66 ; p = 0,07).
En revanche, la résistance à l’aspirine n’est apparue significativement associée ni à l’âge ni au sexe, ni à l’ethnie, ni encore à la pression artérielle, à la cholestérolémie, ni au tabagisme.

Cette étude laisse apparaître une proportion importante de diabétiques de type 2, de 23 %, ayant une résistance à l’aspirine. Elle associe significativement la résistance à l’aspirine au contrôle glycémique médiocre et à l’obésité, et observe une tendance, non significative à une relation avec l’existence d’un symptôme dépressif ou plus. Elle appelle confirmation par des études prospectives et portant sur de plus grands effectifs de diabétiques, population à haut risque de mortalité de cause cardiovasculaire.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Cohen HW et coll. : Aspirin resistance associated with HbA1c and obesity in diabetic patients. J Diabetes Complications 2008 ; 22 : 224-8.

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