Retarder la vaccination par le BCG à un mois aura-t-il un effet sur les BCGites ?

Paris, le jeudi 9 mars 2017 – En 2007, l’obligation vaccinale des enfants et des adolescents par le BCG a été suspendue. Cette vaccination demeure néanmoins recommandée aux enfants vivant en Ile-de-France, en Guyane et à Mayotte, à ceux nés dans un pays où la tuberculose est endémique, ceux connaissant des conditions de vie précaires et ceux présentant des antécédents familiaux de tuberculose. La pénurie du vaccin BCG-SSi depuis 2014 a cependant fait évoluer ces préconisations : en métropole, la vaccination doit être réservée en priorité aux enfants « ayant un facteur de risque de tuberculose identifié ». Ces recommandations visent un recours au vaccin le plus tôt possible, dès la naissance.

BCGites généralisées : un DICS presque toujours associé

Cependant, en octobre 2016, la Direction générale de la Santé (DGS) a saisi le HCSP concernant la pertinence de décaler l’âge de la vaccination en raison du risque de BCGites généralisées chez des enfants porteurs d’un déficit immunitaire combiné sévère (DICS) non encore diagnostiqué. Les BCGites généralisées sont rares.

Entre 2005 et 2015, entre « 0 et 4 cas annuels de BCGites généralisées ont été déclarés chez le nourrisson au décours d’une vaccination BCG. Un total de 20 cas a été rapporté au système national de pharmacovigilance, chez 15 garçons et 5 filles », précise le HCSP. Or, sur ces 20 cas, un déficit immunitaire a été mis en évidence chez quinze enfants. Concernant « les cinq observations restantes, le diagnostic d’un déficit immunitaire ne peut être totalement exclu ».

Attendre l’âge d’un mois

Face à cette situation, certains considèrent qu’une vaccination décalée permettrait d’éviter en partie ces accidents graves. La situation épidémiologique ne paraît pas s’opposer à une telle mesure. Le nombre de cas de tuberculoses précoces en France est en effet très restreint. « Avant l’âge de trois mois, le nombre de cas déclarés de tuberculose maladie est très faible : 7 en 2013, 6 en 2014 et 4 en 2015 (…). Le nombre de cas déclarés d’infections tuberculeuses latentes (ITL) est également faible, inférieur à 10 cas. Parmi les 17 cas de TM déclarés entre 2013 et 2015, cinq avaient reçus le BCG », note le HCSP. Dans ce contexte, le HCSP estime que la vaccination par le BCG devrait être effectuée « à partir de l’âge de un mois et préférentiellement au cours du deuxième mois ». L’institution précise encore que cette recommandation ne concerne pas la Guyane et Mayotte ou les situations où une tuberculose récente a été diagnostiquée dans l’entourage familial du nourrisson. Par ailleurs, cette préconisation pourra être révisée en cas de mise en place d’un dépistage néonatal systématique du DICS.  On notera encore que le HCSP met fin à la pratique d’un IDR à la tuberculine prévaccinale chez les moins de six ans « sauf s’ils ont résidé ou effectué un ou des séjours de plus d’un mois dans un pays de haute incidence de la tuberculose ».

Des recommandations pertinentes ?

Cette préconisation ne devrait pas avoir d’incidence majeure sur les pratiques. En effet, en métropole, la vaccination dès la naissance est rare. Selon des données tirées de l’Etude longitudinale française depuis l’enfance (ELFE), la couverture vaccinale à un mois par le BCG ne dépasse pas 10 %. « Sur la base des résultats de cette enquête, on peut estimer qu’en France, globalement, environ 28 000, 88 000 et 116 000 enfants avaient été vaccinés respectivement à un mois, deux mois et trois mois ». On peut également se demander si ce léger décalage de l’âge de la vaccination aura une incidence sur le nombre de BCGites chez les enfants atteints d’un DICS. En effet, sur les 20 cas de BCGites généralisées rapportées après vaccination entre 2005 et 2015,  la vaccination était intervenue au-delà du premier mois : « L’âge moyen de la vaccination est de l’ordre de 4,5 mois (…) avec une médiane de trois mois ». Ces données montrent la difficulté d’établir une juste équation entre la protection collective et la prise en considération de spécificités, tout en tenant compte également de l’état réel des pratiques.

 

Avis du HCSP

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article