Rétrovirus et sclérose en plaques

Les causes de la sclérose en plaques (SEP) restent inconnues malgré les très nombreux travaux sur le sujet. Pourtant, dès les années 70, les études épidémiologiques suggéraient que l’affection résultait de l’implication conjointe d’un agent environnemental et d’un terrain génétique. Une des principales hypothèses de travail des années 80 considérait que cette pathologie pouvait être la conséquence d’une réaction immune inadaptée déclenchée par une infection virale. De nombreux virus avaient été dans un premier temps suspectés puis finalement innocentés. La responsabilité du rétrovirus HTLV-1 dans la paraparésie spastique tropicale avait orienté la recherche de l’agent pathogénique vers cette famille. En 1989, H Perron avait identifié un nouveau rétrovirus qu’il a caractérisé  et nommé depuis, MSRV (multiple sclerosis associated related virus).

Mais ce virus avait des caractéristiques intrinsèques particulières limitant son étude et cette hypothèse n’avait, à l’époque, pas convaincu la communauté scientifique. Depuis, plusieurs travaux ont permis de mieux préciser les relations de ce virus avec la maladie et H Perron a pu proposer un modèle pathogénique plus attractif tenant compte des autres hypothèses pathogéniques proposées. Dans un article publié dans le Journal of the Neurological Sciences, cet auteur résume ses vingt années de recherche sur le sujet.

Il existe deux familles de rétrovirus. Les rétrovirus « exogènes »  sont des agents infectieux transmissibles responsables d’affection comme le SIDA. Les rétrovirus endogènes sont des virus défectueux présents dans notre génome ne pouvant pas se répliquer pour produire une affection floride mais étant transmissibles au moment de la fécondation. Dans le cas de la SEP, H Perron a montré que le virus MSRV avait des séquences génétiques communes avec les virus de la famille des Human Endogenous Retroviruses (HERVs).

Chez l’animal, certains rétrovirus endogènes ont été associés à différent cancers mais chez l’homme on s’interrogeait sur les conséquences pathologiques de ces  nombreuses séquences virales endogènes. L’hypothèse actuellement avancée par H Perron suggère que ces éléments viraux produisent des protéines d’enveloppe (ENV) qui interagissent avec un récepteur (TLR4) présent sur les cellules présentatrices d’antigène déclenchant une réaction immune de type superantigénique médiée par les lymphocytes T. Son modèle fait le lien avec d’autres agents infectieux qui ont été associés à la maladie (Herpes virus, Chlamydia pneumonia).  Il faut se rappeler que l’Herpes virus Epstein-Barr  est depuis de nombreuses années considéré comme impliqué dans la pathogénie de la SEP  sans que son rôle réel n’ait pu être vraiment précisé. Ces agents infectieux ont  la capacité d’activer la production de particules virales en agissant directement sur le promoteur de ce virus et de favoriser l’accumulation de particules rétrovirales dans les plaques et les macrophages.

Cette hypothèse séduisante repose sur de nombreux arguments expérimentaux mais aussi sur les données issues de l’étude du liquide céphalo-rachidien, des cellules sanguines et du tissu cérébral. Ce schéma physiopathogénique a semblé suffisamment cohérent pour que l’auteur développe une molécule empêchant l’interaction entre la protéine ENV et le récepteur TLR4. Ce produit serait le premier traitement à visée étiologique réellement développé dans la SEP. On peut cependant craindre une grande difficulté méthodologique a démontrer son effet dans le cadre d’un essai thérapeutique au vu de l’évolution capricieuse de la SEP et de l’efficacité importante des traitements immunomodulateurs actuels dans les formes de début de la maladie.

Dr Christian Geny

Référence
Perron H et coll. : Endogenous retroviral genes, Herpesviruses and gender in Multiple Sclerosis. J Neurol Sci., 2009 ; 286 : 65–72

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