Réveillée et libérée

Dakar, le samedi 18 février 2017 – Certains parcours personnels se confondent avec ceux d’un pays. Les particularités individuelles illustrent les diversités d’un peuple, les réussites personnelles reflètent des combats majeurs et les étapes franchies marquent les épreuves ou le devenir d’un état. Telle est la destinée d’Awa Marie Coll Seck. L’actuel ministre de la Santé du Sénégal née le 1er mai 1951 est d’abord le fruit des différences qui nourrissent la culture de son pays. Son père, médecin, était en effet de confession musulmane, tandis que sa mère institutrice était catholique. Sans doute a-t-elle tiré de cette union, une aptitude à l’ouverture.

Première femme agrégée de médecine du Sénégal

Cependant, ce n’est pas sur le front de la tolérance religieuse qu’Awa Marie Coll Seck mènera ses plus ardents combats, mais en tant que féministe. Au début des années quatre-vingt, elle rejoint ainsi le groupe Yewwu Yewwi organisation phare de la lutte pour les femmes au Sénégal. Alors que plusieurs associations existaient déjà, fondées notamment dans des cadres universitaires, Yewwu Yewwi, proche de la gauche, dont le nom signifie "Réveiller et Libérer" portera un discours plus radical en faveur de la libération de la femme. Si le mouvement n’a pas toujours réussi à faire entendre sa voix dans un pays où les enjeux féministes ne sont pas encore considérés comme prioritaires, une partie de celles qui ont accompagné ce mouvement ont dans leur vie accompli les préconisations du groupe. Ainsi, Awa Marie Coll Seck s’est-elle toujours imposée dans ce monde d’hommes, notamment en devenant en 1984, à 33 ans, la première femme agrégée de médecine au Sénégal. Devenue ministre de la Santé, d’abord entre 2001 et 2003 sous la présidence d’Abdoulaye Wade, puis depuis 2012 dans l’équipe de Macky Sall (dont elle a été la conseillère spéciale dès la campagne électorale), Awa Marie Coll Seck n’a pas oublié ses combats de jeunesse. Ainsi a-t-elle par exemple très récemment lancé une stratégie nationale de planification familiale. Awa Marie Coll Seck ne cache pas son ambition de voir les femmes prendre en main leur santé reproductive et se fixe pour objectif de faire passer le taux de prévalence contraceptif (TCP) chez les femmes mariées de 21,3 % aujourd’hui à 45 %.

Pionnière de la lutte contre le Sida

L’engagement d’Awa Marie Coll Seck dans le destin de son pays a cependant régulièrement dépassé la seule cause féministe. Sa généalogie ne pouvait que l’y pousser. Le médecin et femme politique est en effet la petite nièce du président Léopold Sédar Senghor. Cet héritage l’a longtemps gênée. « Je trouvais que cela était un poids. Mais avec le temps, je me suis réconciliée avec cette figure historique et charismatique dont je suis fière » confiait-elle il y a quelques années. Cependant, avant d’être politique, le caractère déterminant de son rôle a été médical. Celle qui a passé une année au service de réanimation des malades infectieuses de l’hôpital de la Croix Rousse à Lyon à la fin des années soixante-dix a finalement décidé de rejoindre son pays pour se consacrer aux maladies infectieuses. C’est dans ce cadre qu’elle participe au diagnostic du premier cas de Sida au Sénégal en 1986. Son engagement dans la lutte contre cette pathologie, qui comme dans l’ensemble des pays d’Afrique, représente un enjeu de santé publique majeur, perdurera pendant des années. Ainsi, de 1986 à 1996, elle est responsable du groupe clinique counseling du Comité national de lutte contre le sida (CNLS).

Jamais loin du Sénégal

Mais pour servir son pays, il faut parfois partir. Ainsi, Awa Marie Coll Seck rejoindra pendant de longues années l’ONUSIDA et l’Organisation mondiale de la Santé. Elle dirigera ainsi de 2004 à 2012 le programme de lutte contre le paludisme Roll Back Malaria, qui a enregistré pendant cette décennie de très importants progrès, notamment au Sénégal, faisant espérer à Awa Marie Coll Seck une « pré-élimination » en 2020 dans le pays. Mais en 2012, Awa Marie Coll Seck rejoint Macky Sall et devient son ministre de la Santé. Si elle a été un temps pressentie pour devenir Premier ministre, Awa Marie Coll Seck reste attachée à ce poste, témoignant de son engagement pour la médecine mais aussi de sa détermination à poursuivre son objectif d’améliorer l’accès aux soins de tous et notamment des femmes.

Une action exemplaire face à Ebola

La semaine dernière, l’action d’Awa Marie Coll Seck a été saluée par le World Government Summit qui a été désignée "meilleure ministre". Les responsables de ce sommet ont notamment souhaité distinguer l’efficacité des programmes mis en œuvre face à Ebola. Non  seulement la gestion du seul cas importé en août 2014 aura été parfaite (avec notamment l’identification et la surveillance immédiates des 74 cas contact),  mais en amont, dès les premières heures de l’épidémie en Guinée, le Sénégal s’était préparé en  mettant en place un centre de traitement d’urgence et en déployant des campagnes de sensibilisation. L’instauration de la couverture médicale universelle, ses actions en faveur de la gratuité des soins et du développement de la vaccination, sont également récompensées par cette distinction.

Zones d’ombre

Mère de quatre enfants, femme au caractère bien trempé, Awa Marie Coll Seck ne fait cependant pas l’unanimité. Régulièrement, elle est attaquée par la presse sénégalaise. Ainsi, récemment, des difficultés dans le secteur de l’oncologie ou son refus de commenter les retards de sanction vis-à-vis d’un cas de pratique illégale de la médecine, lui ont valu les critiques de certains médias et la suspicion d’une gestion trop laxiste. Toutes les icônes s’exposent à de tels risques.

Aurélie Haroche

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