Révoltes et révolutions dans les pays arabes : médecins et infirmières en première ligne

Alger, le mardi 22 février 2011 – Le mouvement de protestation qui s’est levé dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient au lendemain de la chute du président tunisien Ben Ali ne cesse de surprendre les spécialistes de géopolitique. En raison notamment de la différence apparente entre la situation économique des nouveaux pays touchés et celle de la Tunisie ou de l’Egypte. Ainsi, s’interrogeant sur l’embrasement actuel de la Libye, Jean-Yves Moisseron, économiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) observe dans le Monde : « Très pauvre dans les années 1950, la Libye est le pays le plus riche de l'Afrique. Le pétrole a permis de développer l'éducation, le logement et la santé quasi gratuite pour tous ».

Cette présentation, en particulier sur ce dernier point, serait cependant à nuancer. Les témoignages qui affluent ces derniers jours insistent en effet sur le difficile accès aux soins en Libye. Ainsi, interrogée par téléphone depuis Tripoli, une jeune libyenne expliquait il y a quelques jours à Rue 89 : « Vraiment, il faut nous comprendre : il (Mouammar Kadhafi, ndrl) nous prive de l'enseignement, de nos libertés, de la santé. Un exemple : si on tombe malade, il n'y a pas de soins. Pour se faire soigner, il faut aller en Tunisie, en Jordanie ou ailleurs ».

Hôpitaux débordés et secours interrompus

Cette confiscation de la santé par le pouvoir ne surprendra pas ceux qui se souviennent du traitement inhumain imposé par la dictature libyenne à cinq infirmières bulgares, dont le premier objectif était d’apporter une meilleure prise en charge aux enfants du pays. Aujourd’hui, il apparaît encore que plutôt que de permettre aux praticiens de venir en aide à une population victime d’une répression sanglante, leur travail est fortement entravé. « Les hôpitaux sont débordés, ils manquent de moniteurs cardiaques, de perfusions, de sang » explique ainsi cité par le quotidien la Croix un jeune médecin libyen qui vit aux États-Unis et qui est en contact avec les hôpitaux de Benghazi. Les praticiens libyens désemparés ne peuvent en outre guère espérer le concours de confrères étrangers. Hier, le Dr Seif Abdel Latif, du syndicat des médecins égyptiens a en effet indiqué à l’AFP qu’une équipe de secours constituée de soignants égyptiens qui tentait d’entrer en Libye a été arrêtée à la frontière. Seuls deux praticiens ont finalement été autorisés à pénétrer le territoire libyen.

Médecins pris pour cible à Bahrein

Dans d’autres états, le sort réservé aux médecins pourrait être plus inquiétant encore. Ainsi, dans un communiqué diffusé vendredi 18 février, le Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Navi Pillay s’est ému de la répression subie au Bahrein par des professionnels de santé. « Particulièrement flagrantes sont les attaques ciblées contre des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits de l’homme, et même, dans le cas de Bahreïn, de médecins et de personnels de santé prenant soin de manifestants blessés », a-t-elle ainsi condamné.

Médecine morte à Alger

Cependant, face aux révoltes qui embrasent certains de ces états, les professionnels de santé ne sont pas uniquement des victimes ou des témoins impuissants d’une répression aveugle : ils peuvent également se révéler des acteurs des mouvements de protestation. Ainsi, en Algérie où la grève semble avoir été privilégiée à la manifestation, les infirmières ont entamé le 8 février un mouvement de grève illimité afin de dénoncer leur absence total de statut. L’ampleur en est telle qu’aucune intervention chirurgicale et aucun examen médical n’ont pu être réalisés dans les CHU d’Alger selon le quotidien El Watan. Cette grève jouit d’un soutien massif des médecins. « Les grévistes ont le droit de revendiquer des choses pour l’amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles, par contre le ministère de la Santé n’a pas le droit de faire de fausses promesses et envenimer la situation » commente un chirurgien dans les colonnes du quotidien.

 

Des médecins et Zine El-Abidine Ben Ali, au chevet de Mohamed Bouazizi, en décembre dernier

Léa Crébat

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Conditions de travail catastrophiques

    Le 22 février 2011

    La medecine algerienne est en agonie. La bureaucratie a fait qu'un infirmier a un salaire de 200 euros par mois, un chirurgien de 400 euros par mois et un depute 3000 euros.Et les conditions de travail sont catastrophiques

    Dr Jaleldine Beloud, chirurgien

Réagir à cet article