Revoyons les risques de rétinopathie sous HCQ

L’hydroxychloroquine (HCQ) n’a jamais fait autant parler d’elle que lors de cette pandémie de Covid-19, même quand elle permettait de lutter efficacement contre le paludisme. De plus cet antipaludéen de synthèse rend des services appréciés en rhumatologie et dermatologie, notamment dans le traitement de fond du lupus érythémateux systémique (LES), du lupus subaigu et du lupus discoïde, ainsi que dans la prévention des lucites. Cette efficacité, là aussi bien établie, a un revers qui est représenté par un risque de rétinopathie auquel expose la prise à long terme de ce médicament « pas comme les autres ». Cette complication pour être rare n’en est pas moins sévère au point qu’il est important d’identifier le plus précisément possible ses facteurs de risque et leur lien éventuel avec les concentrations sanguines d’HCQ.

C’est là l’objectif d’une petite étude française de type cas-témoins dans laquelle ont été inclus des patients atteints d’un LES compliqué ou non d’une rétinopathie associée à l’HCQ. Au total, 23 cas de cette dernière ont été comparés à 547 témoins.
La rétinopathie a été définie par l’existence d’anomalies significatives concernant au moins deux des examens complémentaires : champ visuel déterminé automatiquement, tomographie par cohérence optique spectroscopique, électrorétinogramme multifocal et autofluorescence du fond d’œil.

Quatre facteurs plus particulièrement associés au risque de rétinopathie

La comparaison entre les groupes en analyse univariée a permis d’identifier des facteurs significativement associés à la rétinopathie : âge (p < 0,001), taille (p = 0,045), clairance de la créatinine, (p < 0,001), concentration d’hémoglobine (p = 0,01), durée de l’exposition à l’HCQ (p<0,001), dose cumulée d’HCQ (p < 0,001) et origine géographique (Antilles et Afrique subsaharienne (p = 0,007). Aucune association n’a en revanche impliqué les taux sanguins d’HCQ.

Une analyse multivariée a permis de retenir quatre variables indépendantes qui sont restées significativement associées au risque de rétinopathie : la dose d’HCQ cumulée (p = 0,016), la durée de l’exposition au médicament p = 0,039), la clairance de la créatinine (p = 0,002) et l’origine géographique (p < 0,0001, odds ratio = 8,7).

Cette étude cas-témoins attire l’attention sur les facteurs associés au risque de rétinopathie chez les patients atteints d’un LES traité au long cours par l’HCQ. La surveillance oculaire doit être renforcée chez les patients originaires des Antilles ou encore de l’Afrique subsaharienne, a fortiori en cas d’insuffisance rénale, de traitement prolongé ou de dose cumulée élevée. Certes, quand les concentrations sanguines d’HCQ tendent vers un plateau élevé, il semble logique de réduire les doses quotidiennes, mais dans cette étude, il faut noter qu’aucune association significative n’a été établie entre ces concentrations et le risque de rétinopathie, alors que l’observance thérapeutique était importante et comparable dans les deux groupes. Une constatation qui ne saurait changer les stratégies actuelles.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lenfant T et coll. : Risk factors for O in systemic lupus erythematosus: a case–control study with hydroxychloroquine blood-level analysis. Rheumatology 2020 ; 59, 12, 3807–3816. doi.org/10.1093/rheumatology/keaa157.

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