Risque de chute pour les patients âgés diabétiques, mais pourquoi ?

Le risque de chutes et de fractures est classiquement élevé chez les patients âgés atteints d’un diabète de type 2 si l’on en croit les résultats de certaines études transversales du type cas-témoins. Les facteurs de risque sont potentiellement nombreux mais quelle est la part des complications dégénératives, de la surcharge pondérale, du facteur iatrogène, de la composition corporelle ou encore des troubles visuels ?

C’est à ces questions que répond une étude de type cas-témoins dans laquelle ont été inclus 1 705 hommes âgés d’au moins 70 ans initialement, vivant au sein de la communauté, dont 471 atteints d’un diabète de type 2 et 1 234 témoins. Les participants ont été contactés tous les 4 mois pendant un suivi moyen de 6,0 ± 2,2 années pour dénombrer les chutes et les fractures, ces dernières devant être confirmées par des clichés radiographiques. Les fractures de hanche, pour leur part, ont été recensées à partir de bases de données médicales (suivi moyen : 8,8 ± 3,6 années). Les facteurs de risque potentiels ont inclus l’activité physique, la composition corporelle, les traitements en cours et la fonction visuelle évaluée sous tous les angles.

La sensibilité au contraste, un atout majeur

La comparaison intergroupe a révélé que le risque de chute était finalement voisin chez les diabétiques et les non diabétiques, le rapport des taux d’incidence (RTI) étant estimé à 0,92 [intervalle de confiance (IC) à 95% : 0,70, 1,12], n = 1246). Il en va de même pour le risque de fracture, le hazard ratio [HR] étant de 0,86 [IC 95% : 0,56, 1,32], n = 1326), ceci après ajustement des facteurs de risque significatifs. Chez les diabétiques, certains facteurs ont été associés indépendamment des autres au risque de chute : c’est le cas de la dépression (RTI: 1,87 [IC 95% : 1,05, 3,34], n = 333), de l’exposition aux sulfonylurées (RTI: 2,07 [IC 95% : 1,30, 3,27]) ou encore du nombre de médicaments (RTI : 1,13 [IC 95% : 1,03, 1,24]). Certains facteurs ont été à l’inverse négativement associés au risque de fracture chez les diabétiques : (1) une densité minérale osseuse élevée au niveau de la hanche : HR= 0,63 [IC 95% : 0,47, 0,86], n = 351) ; (2) sur le plan visuel : une meilleure sensibilité au contraste : HR = 0,14 [IC95% : 0,02, 0,87]. La composition corporelle, qu’il s’agisse de la masse maigre ou de la masse grasse n’a eu aucun effet significatif sur le risque de chute ou de fracture.

Chez les patients diabétiques âgés vivant au sein de la communauté, le risque de chutes ou de fractures ne semble pas être plus élevé que chez les non diabétiques. Certains facteurs prédisposent néanmoins aux unes comme aux autres, qu’il s’agisse des troubles dépressifs, de l’exposition aux sulfonylurées ou encore de la polymédication. Un facteur semble jouer un rôle précieux pour éviter la fracture : c’est la sensibilité au contraste- à distinguer de l’acuité visuelle- qui permet de mieux maîtriser l’environnement, la perception des différences de luminance entre les surfaces adjacentes étant bien utile pour se déplacer sans heurt.

Dr Joseph Miller

Référence
Mesinovic J et coll. : Risk Factors for Incident Falls and Fractures in Older Men With and Without Type 2 Diabetes Mellitus: The Concord Health and Ageing in Men Project. The Journals of Gerontology: Series A ; publication avancée en ligne le 27 février doi.org/10.1093/gerona/glab062.

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