Risque épidémique : incontournable quarantaine ?

La quarantaine est la première méthode de santé publique. Le terme est connu depuis l’époque médiévale, celle de la peste noire. Pour éviter que la pestilence (pestis = fléau) ne gagne la communauté, on isolait hommes, bêtes ou marchandises suspects durant quarante jours. Le lieu d’accueil des personnes suspectées de contagiosité s’appelle le lazaret, issu du mot lazarus qui signifie « Dieu m’a aidé ». Probablement en référence à Lazare, malade miséreux ressuscité selon les Evangiles, on confiait donc « à la grâce de Dieu » les malades contagieux (voire leurs proches asymptomatiques !). Au début du XXème siècle, les léproseries ont joué ce rôle de ségrégation vis à vis d’une société ignorante du mode de transmission de la lèpre.

Isoler non les malades mais les contacts

En cas d’épidémie en France, le confinement (ou « distanciation sociale ») est  toujours de mise, rappelle le HCSP*. En effet, lorsqu’il n’y a ni médicament ni vaccination efficace ou disponible pour éviter une épidémie, les cas contacts doivent être recherchés activement, suivis, parfois isolés de la collectivité ou des lieux publics (éviction) ou encore mis en quarantaine dans le lieu de vie (domicile ou institution) ou bien dans une structure dédiée. Cet isolement des porteurs éventuels, le temps de l’incubation de la maladie, évite sa propagation à la collectivité.

Dans le cadre du RSI (règlement sanitaire international) l’OMS prévoit des mesures d’urgence pour quelques maladies : pour la peste (risque à Mayotte et la Réunion), pas de quarantaine mais suivi et antibiothérapie ; vaccin en urgence en cas de variole (éradiquée depuis 30 ans) ; suivi et éviction pour le MERSCoV (Arabie Saoudite) et la grippe zoonotique ; quarantaine à domicile pour le SRAS (coronavirus pas vu depuis 2004) et les fièvres hémorragiques virales (Ebola-Marburg, Crimée-Congo, Lassa et arénavirus du nouveau monde) qui pourraient arriver par avion.

Lazaret

La quarantaine ne doit pas être coercitive mais comprise et acceptée par tous, individuellement (télétravail, confidentialité, mobilisation des services existants) et collectivement (jouer sur la peur est efficace mais risqué). Or la défiance vis à vis des autorités sanitaires, déjà présente dans l’hexagone, serait accrue par la moindre incohérence ou le plus petit soupçon de conflits d’intérêt – on se souvient de la campagne vaccinale contre le H1N1.

Et l’on n’a pas encore trouvé de mot pour remplacer le terme "lazaret", pour le moins anxiogène ! Heureusement, la quarantaine en structure dédiée n’est prévue que si l’organisation à domicile ou le contexte (conditions de vie, médicales ou psycho-sociales) ne le permettent pas ou si le nombre de contacts est trop grand.

Encore deux ou trois détails à régler et on sera prêt… vraiment ?

•    https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=717

Dr Blandine Esquerre

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