Risque moindre de septicémies avec un régime méditerranéen

Les liens entre infections et alimentation sont mal connus. Consommés en grande quantité, les charcuteries, aliments frits et boissons sucrées ont déjà été associés à une augmentation du risque de septicémie. Par ailleurs, une alimentation « western » riche en viande rouge, produits laitiers gras et céréales raffinées s’accompagnerait d’une altération des marqueurs endothéliaux et inflammatoires, impliqués dans la pathogénie du sepsis. Une bonne adhésion au régime méditerranéen, à contrario, apporte-t-elle un bénéfice ?

Dans cette étude prospective menée aux USA, les auteurs ont étudié l’influence éventuelle du régime alimentaire sur le risque de sepsis ; 21 256 participants âgés de 45 ans et plus ont été suivis en moyenne 6,4 années. Cette population était considérée comme plutôt à risque, issue pour moitié de la « stroke belt » dans le sud-est du pays.

Le mode d’alimentation a été précisé par le biais d’un questionnaire de fréquence alimentaire. Le degré d’adhésion au régime méditerranéen - « adapté » localement - reposait « positivement » sur la fréquence de consommation des légumes, fruits, légumineuses, céréales, poisson : un point respectivement si la consommation était au-dessus de la médiane de la population ; et négativement sur la consommation de viande et les produits laitiers : un point pour une consommation en dessous de la médiane de la population ; pour les graisses, un point si le ratio monoinsaturés/saturés était au-dessus de la médiane sus indiquée et enfin un point pour une consommation modérée d’alcool (un à 7 verres par semaine pour les femmes, un à 14 pour les hommes). Les scores d’adhésion étaient exprimés en tertiles, 0-3, 4-5 et 6-9.

Moins de sepsis graves aussi

Les cas de sepsis ont été recueillis grâce à la revue systématique des dossiers médicaux provenant des hospitalisations et services d’urgence. Ils étaient définis comme une admission pour infection et au moins 2 critères parmi : température < 36° ou > 38°C, fréquence cardiaque > 90 bpm, fréquence respiratoire > 20 cycles/minute ou PaCO2 < 32 mm Hg, et leucocytes < 4 000 ou > 12 000/mm3. Les cas graves étaient plus précisément relevés, compliqués par des troubles respiratoires, ou hépatiques, cardiovasculaires, rénaux, de la coagulation ou du système nerveux central.

Les médianes de consommations étaient environ de 180 g/j pour les légumes, 230 g/j pour les fruits, 17 g/j pour le poisson, 80 g/j pour la viande.Après ajustement sur des facteurs démographiques, socioéconomiques, hygiène de vie, présence éventuelle d’obésité, hypertension artérielle, AVC ou diabète, le risque de sepsis est apparu abaissé dans le tertile supérieur de 26 % (Hazard Ratio [HR] 0,74 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95 %] : 0,61-0,88) comparé au tertile inférieur, la diminution étant de 35 % pour les infections sévères (HR 0,65 ; IC95 % : 0,52-0,81). Sous un autre angle, un gain de un point d’adhésion au régime méditerranéen est associé à une baisse de risque de sepsis de 6 % et de 9 % pour les sepsis sévères.

On remarquera que ce type de régime méditerranéen adapté aux USA est un peu différent de celui défini en Europe. En effet, les graisses polyinsaturées ne sont pas prises en compte, pour les céréales le distinguo n’est pas fait entre produits complets et raffinés, et les produits laitiers et la viande sont considérés négativement dans leur ensemble. Cependant, sans négliger les risques de biais inhérents aux études épidémiologiques, cette étude suggère qu’une alimentation de type méditerranéen pourrait s’associer à une baisse du risque d’infections, à fortiori sévères, en cohérence avec ses effets favorables sur l’inflammation.

Dr Viviane de La Guéronnière

Références
Gray MS et coll., : Adherence to Mediterranean-style diet and risk of sepsis in the REasons for Geographic and Racial Differences in Stroke (REGARDS) cohort. Br J Nutr., 2018; 120: 1415-1421. doi: 10.1017/S0007114518002866.

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