Rituximab après 2-CDA dans la leucémie à tricholeucocytes en rechute

La leucémie à tricholeucocytes est une hémopathie rare. Elle se traduit essentiellement par une pancytopénie, une splénomégalie et une sensibilité extrême aux infections microbiennes y compris les bactéries intracellulaires. Les tricholeucocytes mis en évidence dans le sang ou dans la moelle, sont des cellules matures de phénotype B et l’antigène CD20 est exprimé à leur surface. Après l’ère de l’interféron-alpha qui a été le premier traitement efficace de cette hémopathie autrefois systématiquement mortelle le plus souvent par complications infectieuses, le pronostic a été amélioré de manière spectaculaire par l’arrivée du 2-CDA (2 chlorodeoxyadénosine). Globalement, une cure de 2-CDA procure un taux de rémissions complètes de l’ordre de 80 % et des rémissions partielles dans 5 à 20 % des cas selon les séries. Cependant, les récidives tardives après plusieurs années sont loin d’être rares. Un nouveau traitement par 2-CDA peut alors être envisagé avec des taux de réussite de 60 à 90 % selon les séries, mais avec un risque de nouvelle rechute dans des délais plus courts.

Les auteurs ont mené un essai de phase II testant l’efficacité du rituximab (anticorps chimérique anti-CD20 bien connu de tous) chez des patients ayant rechuté ou progressant au moins une fois après traitement par 2-CDA. La rechute chez les sujets antérieurement en RC, était définie par la réapparition des tricholeucocytes dans la moelle ou toute autre manifestation nouvelle liée à la maladie (très vague !). Chez les patients en réponse partielle, la progression était définie par une augmentation d’au moins 50 % des tricholeucocytes ou d’une augmentation de plus de 50 % de la splénomégalie.

Vingt-six malades (dont 9 en rechute et 16 en progression) ont été traités par rituximab à 375 mg/m2 par semaine pendant 4 semaines et 25 ont été évalués.Tous avaient antérieurement été traités par au moins du 2-CDA (nombre de cures ?). Un patient n’a reçu qu’une seule injection de rituximab à cause de l’apparition d’une vascularite. Le taux global de réponses (complètes + partielles) a été de 80 % et le taux de rémissions complètes de 32 %. Le taux de réponses était dépendant du nombre de lignes de traitement reçus antérieurement : seulement 4 % au-delà de 2 lignes. Le suivi médian ainsi que la survie sans rechute ont été de 27 mois. Au chapitre des événements indésirables après rituximab, il n’est pas fait mention d’infections, qui sont fréquentes après 2-CDA, cette molécule étant très immunosuppressive.

Au total, ces résultats très bons confirment ceux d’études antérieures où les taux de réponses étaient certes un peu inférieurs mais avec peut-être des populations de patients différents. Cela dit, le taux de RC n’est que de 32 % et la médiane de survie sans rechute n’est que de 27 mois, donc que propose t-on ensuite à ces patients ? Retour à l’interféron pour ceux n’en n’ayant jamais reçu ? La question de la place du rituximab face au 2-CDA ou en association avec le 2-CDA mérite d’être posée … au sein d’essais internationaux multicentriques vu la rareté de cette pathologie.

Dr Delphine Rea

Référence
Zenhausern N. et coll. : Rituximab in patients with hairy cell leukaemia relapsing after treatment with 2-chlorodeoxyadenosine (SAKK 31/98). Haematologica 2008; 93: 1426-1428.

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