Rougeole : rien n’est gagné en Afrique

Lilongwe (Malawi), le vendredi 18 juin 2010 – Parmi les différents « objectifs du millénaire » fixés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour 2015 figure l’éradication de la rougeole. En dépit des inquiétudes suscitées ces derniers mois par une relative désaffection pour la vaccination dans certains pays d’Europe (dont la France), à l’échelle mondiale, les chiffres témoignent que l’ambition de l’OMS parait couronnée de succès. L’agence de l’ONU a ainsi récemment rappelé comment entre 1990 et 2008, le nombre d’enfants de moins de cinq ans tués par la rougeole avait connu une baisse de 89 %, passant de 1,1 millions à 118 000 morts par an. De son côté, Médecins sans frontières (MSF) rappelait hier à l’occasion d’une conférence de presse à Paris que la rougeole était en 2000 « la quatrième cause de mortalité en Afrique, causant 733 000 décès. On en dénombrait seulement 164 000 en 2008 ». Par ailleurs, Florence Fermon, membre du département médical et du groupe de travail de MSF sur la rougeole observait : « 12,7 millions de décès principalement d’enfants ont été évités par la prévention entre 2000 et 2008 au niveau mondial ».

Situation exceptionnelle

Aujourd’hui, pourtant, certains éléments inquiètent tant les ONG présentes en Afrique que les autorités internationales. Déjà, le 21 mai dernier, l’OMS estimait que « les effets combinés de la crise économique globale et la diminution de l’engagement politique pourrait se traduire par le décès de plus de 500 000 personnes par an d’ici 2012 et ainsi saper les efforts de la lutte contre la maladie ces 18 dernières années ». De même, hier, MSF notait combien étaient alarmantes les différentes épidémies observées ces derniers mois en Afrique. Des flambées de rougeole sont en effet actuellement recensées au « Malawi (9 000 malades et 44 décès au mois de février, ndrl) au Zimbabwe, en Afrique du sud et au Yémen. Des interventions ont été menées récemment dans la capitale du Tchad, N’Djamena ou au Nigeria et en 2009 au Burkina Faso, en RDC, au Mali, en Somalie » énumère Thierry Durand, directeur des opérations de MSF. Or si l’on compte parmi les régions touchées des lieux de conflit où il n’est guère étonnant de voir survenir des épidémies de rougeole « je suis très surpris que nous ayons dû mener des interventions parfois de très grande ampleur dans des pays stables comme le Malawi, le Burkina Faso, le Mozambique ou l’Afrique du Sud », poursuit Thierry Durand, tandis que Florence Fermon renchérit : « Cette situation est exceptionnelle à l’échelle de quelques décennies. Je n’ai pas constaté d’épidémies de rougeole dans autant de pays et avec autant de cas depuis environ vingt ans ».

Une vaccination entre 9 et 11 mois sinon rien (ou un rattrapage hypothétique)

Différents facteurs semblent expliquer en grande partie cette situation. La rigidité du programme élargi de vaccination (PEV) est notamment mise en cause par MSF. Florence Fermon donne ainsi l’exemple de la première immunisation des enfants de 9 à 11 mois. « Le PEV (Programme Elargi de Vaccination) est efficace mais rigide : le délai est très court pour immuniser un enfant, à partir de neuf mois et avant son premier anniversaire. On constate régulièrement dans nos projets que de nombreux enfants âgés de plus d'un an ne sont pas vaccinés et on ne peut leur administrer le vaccin, alors qu'ils sont à haut risque. Ils ne rentrent plus dans le cadre du PEV(…) Plus de souplesse est indispensable pour mieux s'adapter et augmenter la vaccination dans certains contextes. Deuxièmement, les campagnes de rattrapage sont essentielles pour vacciner les enfants qui ne l'ont pas été durant leur première année (…) en leur administrant une deuxième dose de vaccin. Aujourd'hui, force est de constater que ces campagnes de prévention ne sont pas mises en œuvre de manière optimales, principalement par manque de supports financiers ». Le désengagement des bailleurs de fonds apparaît de fait comme un second problème majeur. « Nous avons choisi à plusieurs reprises, pour des interventions sur des épidémies de rougeole, de solliciter des fonds de la part des bailleurs. C'est un moyen de les impliquer et les confronter au problème. Ils s'étonnent alors, compte-tenu du financement d'activités préventives contre la rougeole, de recevoir des demandes pour des interventions d'urgence, de devoir payer deux fois ». Pour contourner cette difficulté, certains pays confrontés à une épidémie de rougeole tente de transformer la campagne de vaccination d’urgence alors nécessaire en campagne de vaccination de rattrapage moins onéreuse. Cependant, cette tactique peut se révéler délétère. « Pour être efficace, la vaccination en situation épidémique doit être rapide et ciblée » rappelle en effet Florence Fermon.

 

http://www.msf.fr/2010/06/15/1754/dossier-rougeole/

Aurélie Haroche

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