Sale semaine pour le docteur Bonbon

Washington, le samedi 28 avril 2018 – Bien sûr, il en aura vu d’autres. Peut-être pour se consoler de l’échec cuisant auquel il est confronté aujourd’hui, prendra-t-il le temps de se souvenir des heures d’angoisse et de chaleur traversées sur d’autres fronts, très éloignés des couloirs de Washington et des tractations politiques. Mais quels qu’aient pu être les risques vitaux affrontés hier, les dangers et les exploits, les jeux de gloire, les violences du monde politique et l’acidité des blessures d’orgueil sont tels que les instants de guerre pourraient être perçus un peu différemment.

200 ans

Bien que héros de guerre, décoré à de nombreuses reprises, le docteur Ronny Jackson, 50 ans, n’était pas une star aux Etats-Unis. Si son statut depuis 2013 de chef de l’équipe médicale de la Maison Blanche, lui a valu une petite notoriété, entre deux bilans de santé présidentiels, il retrouvait l’anonymat. Mais, en janvier dernier, le docteur Jackson, qui a compté parmi ses plus célèbres patients George W. Bush, Barack Obama et désormais Donald Trump, a fait sensation. La santé de l’hôte actuel de la Maison Blanche est, en raison d’une part de son âge et d’autre part de certains de ses emportements irraisonnés, une préoccupation bien plus marquée qu’à l’époque de Barack Obama (même si celui-ci s’est fait fréquemment épinglé pour sa difficulté à se passer de chewing-gum à la nicotine !). Tous les praticiens proches de Donald Trump se sont employés à rassurer la population, n’hésitant pas parfois à se montrer un peu trop catégoriques sur l’état du Président des Etats-Unis. N’ayant pas été nommé par Donald Trump et n’ayant jamais affiché de préférence politique claire, Ronny Jackson promettait d’apporter un diagnostic plus mesuré. Mais il a trompé les pronostics en se montrant dithyrambique. Grâce à d’excellents gènes, protégé par Dieu (sic) et n’ayant jamais fumé ou bu, Donald Trump aurait pu espérer vivre jusqu’à 200 ans s’il avait suivi un meilleur régime alimentaire au cours des vingt dernières années, a ainsi affirmé sans sourciller Ronny Jackson. Et le fait que ces mauvaises habitudes le conduisent aujourd’hui à présenter un IMC très proche de l’obésité ne semble guère inviter le docteur Jackson à la nuance même s’il a admis que ce sujet était au cœur de ses préoccupations pour son patient.

Au firmament

La santé est un point sensible pour Donald Trump et il semble avoir été très reconnaissant au docteur Jackson de s’être montré aussi prévenant. Dans la sphère Trump, il n’en faut pas plus pour être considéré comme une personnalité digne de confiance, capable d’assumer les plus hautes responsabilités. Aussi, le Président des Etats-Unis semble s’être mis en tête de récompenser celui qui l’avait si bien protégé. Alors que les difficultés de son secrétaire d’Etat aux anciens combattants, David Schulckin, semblaient irrésolubles, Donald Trump a annoncé de manière totalement inattendue et grâce à un simple tweet qu’il confiait ce poste au docteur Jackson, devenu quelques jours auparavant contre-amiral deux étoiles.

Comportement toxique et ivresses répétées

Alors que l’administration Trump a vu se multiplier les remaniements et les couacs de casting, cette nomination a, elle aussi, alimenté les commentaires. Avoir servi en Irak et dirigé une petite équipe de 70 personnes au sein de la Maison Blanche ne paraissait guère suffisant aux yeux de la plupart des commentateurs pour pouvoir prendre en main l’une des plus grosses administrations américaines, comptant 375 000 personnes et forte d’un budget de 185 milliards, nécessitant par ailleurs de retrouver une certaine sérénité. Ne prêtant guère attention à ces remarques, Donald Trump a maintenu son soutien à son poulain. Mais la commission d’enquête du Sénat, chargée de valider la nomination, a accru les difficultés en faisant des révélations dérangeantes sur le comportement de Ronny Jackson. Alors qu’une inspection en 2012, avant même qu’il prenne la tête de l’équipe médicale de la Maison Blanche, avait signalé que le docteur Jackson présentait un comportement « inapproprié » au sein de celle-ci, aucune amélioration n’a pu être constatée. Plus d’une vingtaine de témoignages ont en effet été recueillis par les sénateurs, évoquant un homme autoritaire, entretenant un climat « toxique » au sein de son équipe, distribuant les prescriptions médicamenteuses non adaptées (ce qui lui a valu le surnom de docteur Bonbon) et fréquemment ivre au point de ne pouvoir assumer ses missions. La tendance du praticien à arroser trop généreusement les voyages officiels a notamment été fréquemment dénoncée. Face à ce déluge d’informations, Donald Trump a apporté un soutien ambigu au praticien. Mardi, il a ainsi déclaré qu’il ne pouvait guère contraindre un homme à affronter une telle épreuve consistant à se faire « agresser par une bande de politiques qui ne pensent rien de bien de notre pays », épreuve a-t-il affirmé qu’il n’affronterait pas lui-même. Le lendemain, la Maison Blanche se montrait cependant plus mesurée, réaffirmant sa volonté de voir Ronny Jackson prendre la tête des Anciens Combattants. Mais ce jeudi, le médecin, bien que niant les allégations formulées contre lui et se déclarant reconnaissant à Donald Trump, a décidé de renoncer au poste. Une autre guerre l’attend désormais : éviter de devoir également quitter l’équipe médicale de la Maison Blanche.

Aurélie Haroche

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