Ségur : l’heure des comptes

Paris, le jeudi 25 juin 2020 - Lancé fin mai, le Ségur de la santé piloté par l'ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat doit concrétiser d'ici mi-juillet le « plan massif de revalorisation et d'investissement » promis par Emmanuel Macron en pleine épidémie de coronavirus.

6 milliards

Près d’un mois après son lancement, Olivier Véran a dévoilé mercredi l'enveloppe prévue pour les hausses de salaires des soignants (hors médecins qui feront l’objet d’une autre négociation) : six milliards d'euros, à partager entre hôpitaux et EHPAD publics, mais aussi pour partie avec le secteur privé.

Si les revalorisations à venir n’ont pas été détaillées, on sait que cette somme inclura une hausse de salaire net, des révisions de grille et une refonte des primes.

Selon un projet d'accord présenté lors d'une précédente réunion, ces augmentations concerneraient notamment les catégories soignantes (infirmiers, aides-soignants) et médico-techniques (techniciens de laboratoire, manipulateurs radio). Ce document, remis aux syndicats, prévoyait que l'augmentation générale des salaires dans le secteur public entre en vigueur « à compter du 1er juillet » pour tous les agents qu'ils soient titulaires ou contractuels.

On notera que cette enveloppe est loin d'être négligeable par rapport aux enveloppes sectorielles mises sur la table ces dernières années.

Récemment, la Fédération hospitalière de France (FHF) avait ainsi estimé à 5,5 milliards d'euros le montant nécessaire pour revaloriser les personnels des hôpitaux et rattraper le retard par rapport à la moyenne européenne (évalué entre 15 et 20 % pour les soignants, selon les professions).

Malgré cette somme qui apparaît comme historique, les syndicats ne masquent pas leur mécontentement.

Les médecins quittent la table

Avant même ces annonces, les syndicats de médecins ont quitté la table, mardi en guise de protestation contre l'absence de calendrier et de chiffrage concernant leurs rémunérations.

Ils réclament notamment une hausse immédiate de 300 euros net mensuel pour les internes et une forte revalorisation de leur grille de salaire, avec un minimum de 5 000 euros net en début de carrière et jusqu'à 10 000 euros en fin de carrière. Les praticiens hospitaliers en sauront davantage lors d'une nouvelle séance de discussion dédiée, demain.

« Très insatisfait »

Pour les syndicats de personnels non-médicaux, qui revendiquent au préalable une « revalorisation générale des salaires » d'au moins 300 euros net par mois dans les établissements publics, le compte n'y est pas (ils évaluent cette hausse à au moins 7 milliards). De plus, l'éventualité de devoir partager une partie de la somme avec le secteur privé, qui ne figurait pas dans le projet d'accord a défavorablement surpris plusieurs participants. Sur ce point, la méthode surprend également : « on nous a dit que les personnels soignants du privé seraient revalorisés dans le cadre du Ségur, via le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, au lieu de passer par la négociation de la convention collective » s'étonne Didier Birig (Force Ouvrière).

Le négociateur de la CGT, Patrick Bourdillon résume en se disant « très, très, très insatisfait ».

Quoi qu’il en soit, après le succès, malgré les débordements,  de leur journée d'action le 16 juin, plusieurs syndicats (CGT, FO, SUD, Unsa) et collectifs de soignants (Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences) ont appelé à de nouveaux rassemblements le 30 juin.

Xavier Bataille

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Vos réactions (2)

  • Ségur santé ?

    Le 04 juillet 2020

    Ce ne sont pas seulement des primes aux différents soignants exposés, ce n’est pas que l’hôpital public. C’est revoir tout notre système de santé !

    Cette fois, le SEGUR de la Santé doit aller beaucoup plus loin et donner une véritable place aux médecins libéraux que R. DEBRE avait oublié en 1958. Le Dr Frank DEVULDER (CSMF) a raison de dire que : « Le Ségur de la Santé devrait être une chance et une première pierre d'un dispositif nouveau centré sur la coordination, l'innovation, la qualité et l'expertise. A défaut, ce Ségur n'aura été qu'une énième concertation et on aura perdu une belle occasion de bouger les lignes.

    Déjà en 1958, ce n’était qu’une partie des fondations de 1945. La réforme de Robert DEBRE (30 CHU et 2 CHR) fondait trois piliers dont les deux derniers sont assez peu connus du public : les soins (les plus difficiles en somme le dernier recours de soins avec le meilleur des médecins), la recherche, la fondamentale et la recherche clinique, l'enseignement (de toutes les professions de santé sans exception).

    A l’époque (externe) à la Cité de LILLE (chez Bernard DEVULDER) chaque ville devait trouver parmi les médecins libéraux de ville celui qui serait le plus capable d’assumer d’un coup les trois fonctions. Depuis les choses se sont compliquées.

    Depuis 1958 s'est ajouté à ce trépied un quatrième pilier : une administration parasite. Elle est devenue trop lourde et elle paralyse. Les cliniques privées se passent, presque toutes, de cette administration obèse qui caractérise l’hôpital public sans en souffrir le moins du monde.

    Voici un problème propre aux hôpitaux français : un système administratif très centralisé, d’une lourdeur bureaucratique que peu de personnes évoquent alors qu’elle explique que leurs plans enchaînés depuis des décennies ne fonctionnent jamais. JEAN CASTEX et NICOLAS REVEL son nouveau chef de cabinet sont les derniers intervenants de la destruction des 30 dernières années.

    D’abord, il faut remédicaliser l’Hôpital. Virer les énarques, les comptables, les hautes administrations dont les coûts ne sont pas évoqués alors qu’ils ont augmenté en 50 ans de 15. L’organisation doit être simplifiée et comme on l’a vu durant la crise, c’est aux médecins de prendre la relève.

    Qu’on vire aussi les personnes sous influence de laboratoires et de grands groupes, qui ont oublié leur serment d’Hippocrate. Qu’on laisse les médecins le choix d’administrer les traitements. Après, on pourra s’il le faut injecter de l’argent.

    Dr Jean Doremieux

  • Dur Segur

    Le 05 juillet 2020

    Le système de santé est saucissoné en autant de tranches disparates, avec leurs particularismes, leurs "statuts", leurs petites différences.
    Sa gestion revient alors à jouer de ces dissemblances, bientôt muées en rivalités. La gouvernance en est simplifiée en un jeu de bascules. C'est le Segur, tant pour telle caste, tant pour une autre. Mais il n'y a ni cohérence, ni clarté.

    Tout reste insaisissable, flou, incertain. Quand vient l'épreuve (par exemple le coronavirus), c'est la débandade. Le système de santé se réduit à la partie sensée être sous commandement étatique, le reste est négligé, voire ignoré, comme s'il n'existait pas. Il est alors laissé à lui même, dans une sorte d'effondrement.

    Le pire est que personne ne fait mine de s'en rendre compte, alors que ce bric à brac est un vrai handicap. Qui va s'en charger, de dire que le système de santé est à rebâtir, et tout d'abord sur la base de l'utilité, et non sur celle de leur provenance supposée, alors que les tractations actuelles se font caste après caste ?

    Une sorte de Révolution nous sortant de l'Ancien Régime peut être.

    Dr Gilles Bouquerel

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