Sélection des candidats au pacing biventriculaire grâce à l’imagerie cardiaque non invasive

L. DEMULIER, N. VAN DE VEIRE,

Service des maladies cardiovasculaires de l’Hôpital Universitaire de Gand (Belgique)

 

Le traitement de resynchronisation cardiaque (TRC) représente un tournant dans le traitement  des patients souffrant d’insuffisance cardiaque sévère marquée par une dysfonction ventriculaire gauche systolique et une désynchronisation. Toutefois,  en pratique, le nombre de non-répondeurs atteint  20 à 30%. Par conséquent, une adaptation  des critères de sélection actuels s’impose.  À cet égard, les techniques d’imagerie cardiaque  non invasives peuvent apporter une contribution importante.

 

En bref

Chez les répondeurs, le TRC contribue à une amélioration de la capacité à l’effort, de la qualité de vie et de l’état fonctionnel. Le TRC entraîne également un remodelage inverse du ventricule gauche. Toutefois, en pratique, le nombre de non-répondeurs atteint 20 à 30% avec les critères de sélection actuels.

En dépit de traitements intensifs, les patients souffrant d’insuffisance cardiaque marquée par une dysfonction ventriculaire gauche systolique significative et une désynchronisation restent souvent largement symptomatiques; leur pronostic reste réservé (1).

L’introduction d’une nouvelle stratégie thérapeutique, le traitement de resynchronisation cardiaque (TRC), a entraîné un changement. Cette technique novatrice repose sur le pacing biventriculaire. Dans une méta-analyse de 8 études randomisées, Freemantle a montré que cette forme de traitement invasif présente un effet bénéfique, tant sur la mortalité que sur la morbidité (hospitalisations liées à l’insuffisance cardiaque) (1).

Le TRC contribue à une amélioration significative de la capacité à l’effort (test de marche de 6 minutes, VO2max), de la qualité de vie et de l’état fonctionnel (classe NYHA). En outre, ce traitement entraîne également un remodelage inverse, qui se traduit par de meilleurs paramètres échocardiographiques (fraction d’éjection ventriculaire gauche, volume télésystolique et sévérité de l’insuffisance valvulaire mitrale), biochimiques (NT-pro-BNP) et hémodynamiques (pression artérielle systolique) (1,2).

Les techniques actuelles permettent l’implantation fructueuse d’un appareil de TRC dans plus de 85% des cas.1 Toutefois, lorsqu’on utilise les critères de sélection actuels, le traitement n’est pas ou pas assez fructueux chez 20 à 30% des patients atteints d’insuffisance cardiaque (non-répondeurs) (3).

Cet article donne un aperçu des techniques d’imagerie cardiaque non invasives qui peuvent jouer un rôle pour une meilleure identification des futurs candidats au TRC. Nous discuterons successivement des méthodes échocardiographiques permettant d’établir une désynchronisation mécanique, des techniques visant à évaluer la viabilité myocardique (voir l’encadré: Évaluation de la viabilité et tissu cicatriciel) et de la contribution du scanner multicoupes pour la visualisation de l’anatomie cardiaque veineuse (voir l’encadré : Évaluation non invasive du système cardiaque veineux).

 

Évaluation de la viabilité et tissu cicatriciel

Le positionnement standard de la dérivation dans le sinus coronaire lors du TRC entraîne principalement l’activation précoce de la région latérale du ventricule gauche. La présence de tissu viable, doté d’une fonctionnalité électromécanique dans cette région, est capitale pour un pacing efficace et pour l’effet de resynchronisation qui en découle. Par conséquent, en cas de cardiomyopathies ischémiques, l’identification préalable du tissu viable et non viable semble primordiale pour réduire le nombre de non-répondeurs. Tenant compte de ces données, on peut en effet déterminer la localisation la plus optimale de l’électrode de stimulation, ce qui peut contribuer à un meilleur résultat final.

Pour l’évaluation de la viabilité du tissu myocardique, on peut utiliser différentes techniques d’imagerie cardiaque non invasives.

Techniques nucléaires

Grâce à la scintigraphie SPECT à la tétrofosmine marquée au technétium-99m, De Winter et al. ont pu démontrer la présence de tissu non viable dans la paroi inférieure et latérale du ventricule gauche dans environ 30 % des cardiomyopathies ischémiques avec élargissement du complexe QRS (≥ 120 ms) (1).

Ypenburg et al. ont montré au moyen de la captation de 18F-FDG que non seulement la localisation mais également l’étendue de la viabilité myocardique sont des éléments prédictifs d’une réponse clinique favorable après un TRC chez des patients présentant une cardiomyopathie ischémique sous-jacente (2).

IRM avec injection de gadolinium

Grâce à sa résolution spatiale élevée, l’IRM avec injection de produit de contraste permet de reproduire avec une grande précision l’étendue trans-murale et la localisation du tissu myocardique cicatriciel. Chez un petit nombre de patients, Bleeker et al. ont montré que l’absence de tissu cicatriciel trans-mural est un déterminant crucial d’une réponse favorable après un TRC, même en cas de désynchronisation ventriculaire gauche sévère prouvée (3).

Références:

1. De Winter O, Van de Veire N, Van Heuverswijn F, Van Pottelberge G, Gillebert TC, De Sutter J. Relationship between QRS duration, left ventricular volumes and prevalence of nonviability in patients with coronary artery disease and severe left ventricular dysfunction. Eur J Heart Fail 2006;8:275-277.
2. Ypenburg C, Schalij MJ, Bleeker GB, et al. Extent of viability to predict response to cardiac resynchronization therapy in ischemic heart failure patients. J Nucl Med 2006;47:1565-1570.
3. Bleeker GB, Kaandorp TAM, Lamb HJ, et al. Effect of posterolateral scar tissue on clinical and echocardiographic improvement after cardiac resynchronizationtherapy. Circulation 2006;113:969-976.


 

Évaluation non invasive du système cardiaque veineux

Le positionnement le plus optimal de la dérivation dans le sinus coronaire lors du TRC est déterminé par la localisation de la zone de la dernière activation mécanique et par la présence de tissu viable dans cette région d’une part, et par les limitations anatomiques du réseau veineux ventriculaire gauche d’autre part.

Par le passé, la visualisation de l’anatomie veineuse cardiaque n’était possible que grâce à une angiographie du sinus coronaire pendant la procédure d’implantation. La technologie actuelle du scanner multicoupes permet cependant de dresser au préalable la carte des diverses voies d’accès veineuses. De la sorte, une intégration de ces informations avec les données de désynchronisation et de la viabilité est possible avant l’implantation (illustration 4).*

Ceci permet donc d’évaluer préalablement de manière non invasive la faisabilité et l’efficacité d’une éventuelle approche trans-veineuse.

* Van de Veire N, Schuijf JD, De Sutter J, et al. Non-invasive visualization of the cardiac venous system in coronary
artery disease patients using 64-slice computed tomography. J Am Coll Cardiol 2006;48:1832-1838.



En bref

Le succès du TRC est lié à l’identification de la désynchronisation. Celle-ci est couramment évaluée à l’aide de la durée du QRS. Toutefois, la mise en évidence d’une désynchronisation électrique n’est pas toujours synonyme de la présence d’une désynchronisation mécanique. Par ailleurs, elle ne permet pas la localisation de la désynchronisation. Ceci est néanmoins possible grâce à l’échocardiographie.

Évaluation de la désynchronisation mécanique

Le succès du traitement de resynchronisation cardiaque est lié à une identification correcte de la désynchronisation. Dans la plupart des études de référence, la présence ou l’absence de désynchronisation est évaluée à l’aide de la durée du QRS sur l’électrocardiogramme de surface, partant de l’analogie entre la désynchronisation dite «électrique» et la désynchronisation «mécanique». Dans la littérature cependant, les deux entités ne sont pas nécessairement synonymes. Un élargissement plus marqué du QRS ne garantit pas toujours une meilleure réponse. En outre, la localisation d’un foyer d’asynchronisme ventriculaire focal n’est pas possible, ce qui peut pourtant s’avérer très important lors de l’implantation.

Ces observations ont stimulé le développement de nouvelles mesures échocardiographiques en tant que facteurs prédictifs de la présence, de la sévérité et de la localisation d’une désynchronisation mécanique. On les subdivise en techniques visant à établir la désynchronisation inter-ventriculaire et intra-ventriculaire.

 

En bref

Pour évaluer la désynchronisation inter-ventriculaire mécanique, la méthode échocardiographique la plus courante est le délai électromécanique inter-ventriculaire (interventricular electromechanical delay ou IMD). En pratique, le seuil s’élève à 40 ms.


Désynchronisation inter-ventriculaire

Pour démontrer une désynchronisation inter-ventriculaire, la méthode échocardiographique la plus courante est la mesure du délai électromécanique inter-ventriculaire (IMD), qui est défini comme le délai entre l’activation du ventricule droit et celle du ventricule gauche (4).

Pour déterminer le temps d’activation des ventricules droit et gauche, on prend une image standard en Doppler pulsé du flux pulmonaire et aortique, respectivement en vue parasternale petit axe et en vue apicale des 4 cavités. Ensuite, on mesure le délai entre le début du complexe QRS et les deux signaux de flux (Q-Pulm et Q-Ao). L’IMD est obtenu par la différence des deux délais: Q-Pulm moins Q-Ao. À partir d’un IMD de 40 ms, on parle de désynchronisation inter-ventriculaire (illustration 1) (4).

 

  Illustration 1
Image échocardiographique standard en doppler pulsé du flux pulmonaire et aortique, mesuré respectivement en vue parasternale petit axe et en vue apicale des 4 cavités. Le délai électromécanique inter-ventriculaire calculé (171 ms moins 120 ms = 51 ms) plaide pour une désynchronisation inter-ventriculaire significative.



Désynchronisation intra-ventriculaire

Pour l’évaluation de la désynchronisation intra-ventriculaire, on distingue les techniques utilisant le mode M et l’échocardiographie Doppler tissulaire.

En bref

Pour la mesure de la désynchronisation intra-ventriculaire gauche, la technique en mode M la plus courante est le délai de mouvement entre la paroi septale et la paroi postérieure (SPWMD). Le seuil s’élève à 130 ms. En cas de cardiomyopathie ischémique, il n’est souvent pas possible de mesurer le SPWMD.

Septal-to-posterior wall motion delay

Le septal-to-posterior wall motion delay (SPWMD) est défini comme le délai minimum entre le déplacement postérieur maximal du septum et le déplacement antérieur maximal de la paroi postérieure du ventricule gauche sur une image en mode M au niveau des muscles papillaires, en vue parasternale petit axe. Le seuil classiquement utilisé pour le diagnostic de désynchronisation intra-ventriculaire atteint 130 ms (illustration 2) (5).

 

  Illustration 2
Image échocardiographique en mode M au niveau des muscles papillaires en vue parasternale petit axe. Reproduction d’un septal-to-posterior wall motion delay (SPWMD) significatif, suggestif d’une importante désynchronisation intra-ventriculaire.

Ce paramètre en mode M est non seulement un indicateur potentiel de désynchronisation intra-ventriculaire gauche mais, pour Pitzalis et al., il constitue également un élément prédictif potentiellement puissant de l’apparition d’un remodelage inverse après un TRC, supérieur à la durée du QRS (5).

En ce qui concerne cette mesure, la littérature mentionne une importante variabilité entre les observateurs, qui est partiellement due à une difficulté d’acquisition des images (6). En effet, cette méthode dépend largement d’une visualisation optimale du septum et de la paroi postérieure, ainsi que de leur délimitation/déplacement pendant la systole. Une mesure adéquate du SPWMD est souvent impossible en cas d’hypo- ou d’akinésie marquée, par exemple en cas de cardiomyopathie ischémique (6).

La TDI permet d’évaluer tant la désynchronisation inter-ventriculaire que la désynchronisation intra-ventriculaire globale et régionale du ventricule gauche. Pour détecter une désynchronisation intra-ventriculaire, l’analyse TDI la plus simple est le délai entre la paroi septale et latérale (septal to lateral delay). L’utilisation d’un seuil de 65 ms permet de prédire un remodelage inverse et une réponse clinique favorable après un TRC, avec une sensibilité de 92% et une spécificité de 80%.

Imagerie Doppler des tissus (TDI)

L’imagerie Doppler des tissus (TDI) permet d’évaluer tant la désynchronisation inter-ventriculaire que la désynchronisation intra-ventriculaire globale et régionale du ventricule gauche.

Lors d’un TRC, le positionnement standard de la dérivation ventriculaire gauche dans une branche du sinus coronaire entraîne principalement une activation précoce de la paroi latérale du ventricule gauche. Toutefois, cette région ne correspond pas toujours à la zone de la dernière activation mécanique, ce qui explique que le gain en termes de synchronisation de la contraction peut varier (7).

Toutefois, le TDI permet d’identifier préalablement la séquence d’activation myocardique et les zones d’asynchronisme mécanique focal (7). De la sorte, l’électrode de stimulation peut être positionnée de la manière la plus optimale possible pendant l’implantation, ce qui contribue à un meilleur résultat final. Ceci est principalement important en cas de cardiomyopathie ischémique. En effet, on décrit une grande variabilité au niveau des schémas d’activation dans cette affection (7).

TDI simple: délai entre la paroi septale et la paroi latérale

Le TDI couleur donne un mapping coloré des vitesses du tissu myocardique au sein d’un secteur déterminé. Cette technique permet d’évaluer quantitativement la fonction myocardique régionale d’un segment donné.

 En pratique, le traitement des données du TDI consiste en une analyse online et une analyse offline. Durant la partie online (en présence du patient), on prend des images de TDI couleur standard bidimensionnelles (2D) en vue des 4 cavités, et éventuellement des 2 et 3 cavités, avec synchronisation ECG
(3 battements cardiaques). Durant la partie offline, les images digitales sont analysées plus en détail avec un logiciel commercial. Les courbes de vitesse myocardique de différents segments pariétaux sont projetées les unes sur les autres, tout en maintenant leur distance respective par rapport au complexe QRS. Par après, on peut calculer les intervalles de temps entre les pics de vitesses systoliques.

Lors de l’analyse TDI la plus simple (et la plus souvent utilisée en pratique) pour détecter une désynchronisation intra-ventriculaire – le septal to lateral delay –, le sample-volume est placé au niveau de la paroi septale et latérale du ventricule gauche. Sur les courbes de vitesse myocardique obtenues, on peut ensuite mesurer le délai maximal entre l’activation de ces deux régions, donné par la distance entre les pics de déflections systoliques (illustration 3).

 

  Illustration 3
Image échocardiographique standard 2D TDI couleur du ventricule gauche en vue des 4 cavités. Reproduction des courbes de vitesse myocardique mesurées au niveau du septum basal (vert) et du segment basal de la paroi latérale (jaune), en rapport avec le complexe QRS. Délimitation de la phase d’éjection avec un outil de synchronisation événementielle, avec comme point de départ l’ouverture (AVO) et comme point final la fermeture (AVC) de la valve aortique. Délai significatif entre la paroi septale et la paroi latérale, indiqué par la différence de temps entre les pics de déflection systolique des deux régions (flèche verte et jaune), plaidant pour une importante désynchronisation intra-ventriculaire.

Le seuil validé pour le diagnostic de désynchronisation intra-ventriculaire atteint 65 ms. En utilisant ce seuil optimal, on peut prédire un remodelage inverse et une réponse clinique favorable après un TRC, avec une sensibilité de 92% et une spécificité de 80% (8).

 

En bref

L’index de synchronicité systolique (SSI) est un puissant facteur prédictif d’un remodelage inverse après un TRC, possédant une sensibilité et une spécificité élevées. L’imagerie de synchronisation tissulaire (TSI) est une méthode automatisée pour la détection de la désynchronisation intra-ventriculaire. Elle utilise un algorithme permettant de reconnaître les pics de vitesse myocardique positifs. Avec le suivi de pixels, on évalue la contractilité régionale d’un segment ventriculaire gauche donné, à l’aide de la concentration ou de la dispersion de points de référence acoustiques.


Déviation standard 12 segments

Avec cette méthode de mesure, décrite par Yu et al., le degré de désynchronisation est exprimé à l’aide de l’index de synchronicité systolique (SSI).

Cet index est défini comme la déviation standard des intervalles entre le début du complexe QRS et les pics de vitesses myocardiques systoliques (time to peak regional contraction) de 12 segments du ventricule gauche (6 segments basaux et 6 segments médians).

L’index de synchronicité systolique est un très puissant facteur prédictif de remodelage inverse après un traitement de resynchronisation cardiaque. D’après les données actuelles, le classique seuil de 32,6 ms permet en effet une dissociation stricte entre futurs répondeurs et non-répondeurs, avec une sensibilité et une spécificité très élevées (9).

Imagerie de synchronisation tissulaire (TSI)

Un important inconvénient des techniques manuelles de TDI décrites ci-dessus est le caractère fastidieux de l’analyse offline. Pour le modèle à 12 segments, le temps de calcul moyen par patient atteint au moins 15 minutes.

Dans ce domaine, la technique appelée imagerie de synchronisation tissulaire est une innovation prometteuse. Cette méthode peut être considérée comme une version automatisée pour la détection d’une désynchronisation ventriculaire gauche.

Le TSI est un imaging tool paramétrique qui calcule et reproduit automatiquement (reproduction quantitative) l’intervalle de temps entre le complexe QRS et le pic de vitesse myocardique systolique d’un point donné sur l’image de TDI 2D. Cette méthode automatisée utilise un algorithme grâce auquel on peut reconnaître les pics de vitesse myocardique positifs dans un intervalle de temps donné. En fonction de la durée de l’intervalle de temps, un code de couleur différent est attribué à chaque signal (reproduction semi-quantitative), variant du vert (pour les déflections les plus précoces) au rouge (pour les dernières). Pour éviter une mesure des pics de vitesse systolique en dehors de la phase d’éjection, le temps de mesure TSI est préalablement établi manuellement, au moyen d’un outil de synchronisation événementielle (event-timing tool), avec comme point de départ l’ouverture et comme point final la fermeture de la valve aortique (illustration 4) (10).

 

  Illustration 4
Reproduction d’un scanner multicoupes du cœur en vue de face chez un patient présentant une cardiomyopathie ischémique et des antécédents de pontage. La flèche verte indique la veine marginale gauche (Left Marginal Vein ou LMV) comme localisation préférentielle pour l’implantation de la dérivation ventriculaire gauche (sinus coronaire).

Lors du positionnement du curseur (sample volume de 6 mm) au niveau d’un point donné d’un segment pariétal sur l’image de TDI 2D, l’intervalle de temps médian en rapport avec le complexe QRS est automatiquement calculé. Par exemple, pour déterminer le délai entre la paroi septale et la paroi latérale, il suffit à présent de placer le sample volume au niveau du septum basal et du segment basal de la paroi latérale. La différence entre les deux valeurs reproduites peut ensuite être rapidement calculée.

L’imagerie de synchronisation tissulaire a récemment été validée dans la littérature. Cette technique montre une excellente corrélation avec les méthodes de mesure manuelles pour la désynchronisation, qui utilisent le TDI marqué selon un code de couleurs.10 Lors de l’application de ce même seuil de 65 ms, on peut prédire le remodelage inverse et une réponse clinique favorable après un TRC avec une sensibilité d’environ 80% et une spécificité avoisinant 90%.10

Suivi de pixels

Avec les techniques de TDI décrites, la précision des mesures dépend fortement de l’orientation du faisceau du doppler, de l’angle du doppler et de l’alignement par rapport au segment myocardique. Étant donné que ce dernier point n’est pas toujours évident en cas de cardiomyopathie dilatée, on recherche des méthodes de mesure indépendantes de l’incidence du faisceau.

Lors du suivi de pixels (speckle tracking), on identifie un segment pariétal donné à l’aide de points de référence acoustiques (appelés speckles: réverbérations uniques d’ultrasons) sur une image échocardiographique 2D en noir et blanc obtenue en routine. Afin de ne pas enregistrer de signaux acoustiques en dehors du myocarde, la region of interest – en l’occurrence la zone entre l’endocarde et l’épicarde –, est préalablement délimitée manuellement. Ensuite, le mouvement des points de référence et leur rapport mutuel d’une image à l’autre est analysé durant le cycle cardiaque, à l’aide d’un algorithme de tracking automatique. La concentration ou la dispersion des points acoustiques permet d’évaluer l’épaississement ou l’amincissement régional d’un segment pariétal et donc la contractilité régionale.

Le délai jusqu’à l’épaississement pariétal radiaire maximal – appelé time to maximal radial strain –, peut à présent être calculé pour les 6 segments ventriculaires gauches standard, en partant d’une vue petit axe au niveau des muscles papillaires. Les différences de temps réciproques, classiquement entre la paroi septale et la paroi postérieure, permettent de déduire le degré de désynchronisation.

 

Le seuil optimal pour le diagnostic d’une désynchronisation intra-ventriculaire significative est à nouveau de 130 ms, comparable à la mesure du SPWMD.

Cette méthode a été validée par Suffoletto pour la quantification de la désynchronisation ventriculaire gauche radiaire; son étude a révélé qu’elle constitue un élément prédictif d’une réponse volumétrique favorable après un TRC (11).

 

En bref

L’échocardiographie tridimensionnelle (3D) est basée sur la construction d’un modèle volumétrique pyramidal dynamique de la cavité ventriculaire gauche, permettant d’évaluer simultanément la contractilité radiaire ou circonférentielle et la contractilité longitudinale. Le TDI à 3 dimensions permet une acquisition simultanée de paramètres volumétriques tridimensionnels et un vaste ensemble de données TDI 3D, sur lequel on peut appliquer les mesures de désynchronisation susmentionnées.


Échocardiographie tridimensionnelle

Contrairement aux techniques mentionnées jusqu’à présent lors desquelles l’acquisition des données se fait grâce à diverses images ou incidences, l’échocardiographie tridimensionnelle (3D) en temps réel permet d’étudier simultanément les 16 segments standard du ventricule gauche.

L’échocardiographie 3D est basée sur la construction d’un modèle volumétrique pyramidal dynamique de la cavité ventriculaire gauche, permettant d’évaluer simultanément tant la contractilité radiaire ou circonférentielle que la contractilité longitudinale (12). Kapetanakis a validé cette technique; il a montré qu’elle permet en outre de déceler une désynchronisation ventriculaire gauche mécanique en l’absence d’élargissement du QRS sur l’électrocardiogramme de surface (12).

TDI à 3 dimensions

L’intégration de l’échocardiographie 3D et de la technologie TDI a entraîné la création d’une technique d’imagerie unique, baptisée TDI à 3 dimensions ou triplan. Cette méthode permet une acquisition simultanée de paramètres volumétriques tridimensionnels (volumes du ventricule gauche, fraction d’éjection) et un vaste ensemble de données TDI 3D, sur lequel on peut appliquer les mesures de désynchronisation susmentionnées (déviation standard 12 segments, TSI). Le TDI à 3 dimensions a récemment été validé dans la littérature. L’utilisation de cette technique s’avère fortement prédictive d’une réponse volumétrique aiguë après un TRC (sensibilité de 91% et spécificité de 85%) (13).

Conclusion

Le traitement de resynchronisation cardiaque est une stratégie thérapeutique efficace et novatrice pour les patients qui souffrent d’insuffisance cardiaque sévère reposant sur une dysfonction ventriculaire gauche et une désynchronisation, réfractaire aux mesures pharmacologiques.

Comme le révèle le grand nombre de non-répondeurs, l’identification correcte des futurs candidats au TRC est un problème complexe, à l’origine de la recherche de nouveaux critères de sélection. À cet égard, les techniques d’imagerie échocardiographiques, nucléaires et radiographiques décrites peuvent fournir une contribution substantielle.

Tenant compte des résultats de la récente étude PROSPECT, (14) il faut étudier à grande échelle la reproductibilité, la validité, la précision et la valeur prédictive de chacune de ces méthodes avant de légitimer leur utilisation en pratique quotidienne. La clé pour le processus de sélection optimal réside vraisemblablement dans leur intégration mutuelle en une approche multimodale, qui permettra de prédire le succès de la resynchronisation cardiaque avec une grande précision et de manière non invasive.

Références

1. Freemantle N, Tharmanathan et al. Cardiac resynchronization for patients with heart failure due to left ventricular systolic dysfunction – a systematic review and meta-analysis. Eur J Heart Fail 2006;8:433-440.
2. Cleland JGF, et al. The effect of cardiac resynchronization on morbidity and mortality in heart failure. N Engl J Med 2005;352:1539-154.
3. Mehra MR, et al. Cardiac resynchronization therapy: caveat medicus!
J Am Coll Cardiol 2004;43:1145-1148.
4. Rouleau F, et al. Echocardiographic assessment of the interventricular delay of activation and correlation to the QRS width in dilated cardiomyopathy. Pacing Clin Electrophysiol 2001;24:1500-1506.
5. Pitzalis MV, et al. Cardiac resynchronization therapy tailored by echocardiographic evaluation of ventricular asynchrony. J Am Coll Cardiol 2002;40:1615-1622.
6. Marcus GM, et al. Septal to posterior wall motion delay fails to predict reverse remodeling or clinical improvement in patients undergoing cardiac resynchronization therapy. J Am Coll Cardiol 2005;46:2208-2214.
7. Van de Veire N, et al. Global and regional parameters of dyssynchrony in ischemic and nonischemic cardiomyopathy. Am J Cardiol 2005;95:421-423.
8. Bax JJ, et al. Left ventricular dyssynchony predicts response and prognosis after cardiac resynchronization therapy. J Am Coll Cardiol 2004;44:1834 1840.
9. Yu CM, et al. Predictors of left ventricular reverse remodeling after cardiac resynchronization therapy for heart failure secondary to idiopathic dilated or ischemic cardiomypathy. Am J Cardiol 2002;91:684-688.
10. Van de Veire N, et al. Tissue synchronization  imaging accurately measures left ventricular dyssynchrony and predicts response to cardiac resynchronization therapy. Heart 2007; 3: 034-1039.
11. Suffoletto MS, et al. Novel speckle-tracking radial strain from routine black-and-white echocardiographic images to quantify dyssynchrony and predict response to cardiac resynchronizationtherapy. Circulation 2006;113:960-968.
12. Kapetanakis S, et al. Real-time three-dimensional echocardiography: a novel technique to quantify global left ventricular mechanical dyssynchrony. Circulation 2005;112:992-1000.
13. Van de Veire N, et al. Usefulness of triplane tissue doppler imaging to predict acute response to cardiac resynchronization therapy. Am J Cardiol 2007;100:476-482.
14. Cleland JG, et al. Clinical trials update from the European Society of Cardiology Congress 2007: 3CPO, ALOFT, PROSPECT and statins for heart failure. Eur J Heart Fail 2007;9:1070-1073. Epub 2007 Sep 24.

Copyright © Medisurf, Patient Care, avril 2008

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