Séparation de frères siamois guinéens : nouvel exploit pour l’hôpital Necker

Paris, le lundi 1er juin 2015 - Les naissances d’enfants siamois sont très rares : elles concerneraient une naissance sur 50 000 à 100 000. Avec l’important développement de la surveillance prénatale, elles ne surviennent désormais généralement plus que dans les pays les plus pauvres. Le diagnostic n’avait ainsi pas été posé pour Fatoutama, âgée de 27 ans et mère de trois enfants, âgés de 4, 7 et 9 ans vivant dans la banlieue de Conakry. La mère n’ignorait cependant pas qu’il s’agissait d’une grossesse gémellaire, aussi avait-elle choisi d’accoucher à l’hôpital Donka, CHU de la capitale, au début du mois de janvier 2015. Cet environnement médical nettement plus pointu que celui offert pour la majorité des accouchements guinéens (même si une pénurie de matériels élémentaires sévie  au sein de l’établissement) est probablement ce qui a permis à Fatoumata de garder ses deux enfants en vie : deux petits garçons, Hassan et Boubacar, reliés au niveau de l’abdomen et se "partageant" le foie et une partie de l’intestin. En dépit de sa surprise initiale et de l’inquiétude de la mère, l’équipe est parvenue à réaliser l’accouchement par voie basse. Selon les praticiens guinéens, il s’agit de la première naissance vivante de siamois en Guinée. Naître au sein du CHU de Conakry a également contribué à une prise en charge rapide des enfants. Après avoir essuyé plusieurs refus de la part de pays africains (Tunisie et Afrique du Sud notamment), en raison de l’épidémie d’Ebola frappant la Guinée, le docteur Daniel Agbo-Panzo choisit de prendre contact avec l’association la Chaîne de l’Espoir qui a œuvré à plusieurs reprises en Guinée. Beaucoup redoutent que les échanges soient une nouvelle fois voués à l’échec en raison de l’épidémie de fièvre Ebola.

Grâce à l’engagement de tous, les examens puis le transfert en mai des deux enfants et de leur mère en France vont cependant pouvoir être réalisés.

Un défi pour les anesthésistes et les chirurgiens

la bilan réalisé confirme que les enfants partagent le même foie mais ont chacun heureusement une artère et un pédicule hépatique distincts. Cette particularité anatomique va rendre possible l’intervention. Il y a quelques semaines, au moment de la séparation réussie de deux pettes texanes reliées par le torse (avec cependant chacune un cœur), le professeur Yves Agrain de l’hôpital Necker précisait : « Au niveau hépatique, la fusion est relativement facilement libérée si chacun des enfants a un foie ayant une vascularisation autonome (…). Pour ce qui est de l’intestin, le problème n’est pas celui d’une difficulté chirurgicale mais celui des séquelles éventuelles si l’on ne peut préserver une longueur d’intestin suffisante à chacun des deux enfants ». Ces explications confirment la complexité de l’intervention de séparation de Hassan et Boubacar. Celle-ci, réalisée le 26 mai dernier à l’hôpital Necker à Paris, a pu être réussie grâce à une préparation extrêmement minutieuse de chacun des gestes qui ont permis de lever tous les obstacles : position des enfants, partage du foie, nécessité de reconstituer deux tubes digestifs notamment. Le défi a également été important pour les anesthésistes, comme l’a rappelé le président de l’association La Chaîne de l’Espoir, le docteur Eric Cheysson, chirurgien pédiatrique à Pontoise sur RTL. Une semaine après l’opération, les enfants vont bien : si une assistance respiratoire a été initialement nécessaire, les deux petits garçons peuvent aujourd’hui respirer de manière autonome. Quelques semaines de convalescence à Paris sont encore prévues avant leur retour en Guinée où ils sont attendus comme des héros et où ils devraient pouvoir vivre une existence normale selon le professeur Aigrain.

A Necker déjà

Très délicates, les opérations de séparation de siamois sont cependant de plus en plus fréquemment couronnées de succès, grâce notamment au perfectionnement des techniques d’imagerie qui permettent comme dans le cas de Hassan et Boubacar une préparation extrêmement minutieuse de l’intervention à réaliser. Avant les deux enfants guinéens, le professeur Aigrain avait participé à la séparation de trois paires de jumeaux conjoints au sein de l’hôpital Necker, tandis qu’au total au cours des deux dernières décennies, une dizaine d’enfants a été opérés au sein de l’établissement parisien. Aucun décès n’a été déploré.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • O tempora...

    Le 07 juin 2015

    Très intéressant...et un investissement de portée évidente !
    Accessoirement, taux de mortalité maternelle peri natale comparée :
    France : 8/100.000 naissances viables
    Guinee : 790/100.000 naissances viables
    Prochain exploit des équipes de Necker : 3 semaines de travail dans une maternité de Guinée !

    Dr Claude Amouroux

  • Voilà une oeuvre remarquable

    Le 08 juin 2015

    Qui est à mettre à l'actif de ces "salauds de blancs" qui ont dévasté l'Afrique avec l'esclavage et le travail forcé. Que nos amis du CRAN mettent cela en déduction de la facture des réparations demandée.

    RA

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