Sérologie pour tous ? Le débat est ouvert

Paris, le samedi 23 mai 2020 - L’arrêté permettant le remboursement des tests sérologiques par la Sécurité sociale doit être publié lundi. 

Il se basera sur la liste des 23 tests sérologiques Covid-19 autorisés en France par le ministre de la santé et sur les indications fixées par la HAS*.  Notons au passage, que dans ce « monde d’après » ou la relocalisation devait être la norme, seul le test Biomérieux est produit en France…

Sept de ces tests sont de de type Elisa. Les seize autres sont des tests dits de diagnostic rapide, effectués au moyen de l’analyse d’une goutte de sang sur une bandelette ou par prise de sang dans un laboratoire d’analyses médicales. Si la HAS conseille le remboursement de tous ces tests, ce ne sera pas le cas pour les autotests effectués à domicile, sans intervention d’un professionnel de santé pour lire et interpréter le résultat. Les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) qui seront effectués dans une officine ou chez un médecin généraliste feront l’objet d’un autre arrêté spécifique.

Ruée vers les tests ?

« L’engouement » de la population devrait être important. Ainsi, le Dr Cédric Carbonneil de la HAS, chargé des travaux sur les sérologies, estime, dans le Figaro que ces tests vont « concerner des millions de personnes, notamment pour le diagnostic de rattrapage ».

En effet, les Français n’ont pas attendu la décision de la HAS pour essayer de savoir s’ils ont bien été malades du Covid-19. Mais leur nombre exact est impossible à connaître. « C’est encore trop tôt pour savoir combien de personnes en ont bénéficié, c’est très variable selon les régions » souligne sur France Info, François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes.

« Pour le constater, dans les grandes villes, il suffit presque de traverser la rue : au premier laboratoire d’analyses médicales venu, il y a foule, la plupart des grands réseaux nationaux disposant désormais, depuis quelques semaines, de stocks suffisants de ces tests réalisables à partir d’une simple prise de sang et fournissant des résultats en un à deux jours » commente Le Monde dans une enquête.

Les autorités appellent à la prudence

Pourtant, les pouvoirs publics martèlent qu’une sérologie positive ne doit pas être considérée comme un « passeport d’immunité », au regard des interrogations qui demeurent sur la réponse immunitaire au Covid-19.

La HAS, dans un de ses avis sur la sérologie réaffirme ainsi la prééminence des tests PCR comme outil privilégié de diagnostic pour toute personne présentant des symptômes ou pour les « cas contacts ». La HAS reste prudente sur la sérologie, qui n’est praticable qu’à partir de quatorze jours après les premiers symptômes.

Cédric Carbonneil explique aussi « il n’y a pas de raison que les patients se rendent dans un laboratoire sans avoir vu au préalable un médecin qui va statuer sur l’examen clinique et prescrire le test adéquat », dit-il.

Outre les inconnues sur l’immunité, plusieurs facteurs sont cités par la HAS pour déconseiller un dépistage généralisé. Un des arguments s’appuie sur la règle de Bayes qui appliquées au cas du Covid-19 signifie que plus la prévalence du virus est faible dans une population, plus le risque de faux positif du test sérologique est grand.

« La sérologie c’est la clé de tout »

Mais ces appels à la prudence ne font pas l’unanimité et suscitent des débats.

A l’Institut Curie, l’immunologiste Olivier Lantz estime lui « que des gens qui ont eu des symptômes en région parisienne, où la prévalence dépasse sans doute les 10 %, aient envie de savoir s’ils l’ont eu, c’est parfaitement légitime ». Déplorant une communication fondée sur des arguments d’autorité et sur la peur, il ajoute « on peut toujours voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, mais a priori ils sont protégés pour au moins quelques mois dans l’immédiat. C’est une vérité provisoire, comme toujours en science, mais c’est cela qu’il faut expliquer, plutôt que de dire qu’il ne faut surtout pas faire de sérologie parce que vous allez croire que vous êtes protégé alors que vous ne l’êtes pas ».

« La sérologie, c’est la clé de tout » résume-t-il, un brin provocateur.


F.H.

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Vos réactions (2)

  • Un commerce comme un autre

    Le 24 mai 2020

    Les industriels et marchands de biologie médicale ont été très efficaces dans leur intense promotion des "tests". Il les vendent par tombereaux, tant mieux pour eux.

    La demande du public est énorme, mue par la curiosité, favorisée par les relais médiatiques et entretenue par l'ignorance. Qu'on ait "envie de savoir", ça se comprend - savoir quoi exactement, et surtout quoi d'utile, on s'en fiche. On est dans une simple logique de consommation, celle de l'achat qui réconforte.

    Pour le corps médical, l'essentiel est d'avoir quelque chose à proposer, faute du moindre traitement spécifique.
    Plus embêtant est que la majeure partie de ces dépenses ineptes soit à la charge de la collectivité, avec la complicité des médecins et des institutions concernées.

    Il faut dire que la culture du diagnostic est décidément devenue le parent pauvre de l'éducation médicale. Les seuls examens complémentaires légitimes sont pourtant ceux dont dépend vraiment la prise en charge. Aucune analyse de biologie ou d'imagerie n'est indiquée si son résultat n'est pas susceptible de modifier les soins.

    Il faut bien admettre que beaucoup de prescriptions de biologie médicale sont motivées par la simple curiosité, sans nécessité ; les sérologies Covid en ambulatoire en font assurément partie. Dans ce cas, il s'agit non seulement d'un acte inutile, mais probablement d'une démarche hasardeuse. En effet, compter sur le résultat d'une sérologie Covid pour adapter la conduite sanitaire pourrait être considéré comme une faute.

    Dans l'état actuel des connaissances, il est sûrement plus sage de s'en tenir à une pratique basée sur le contexte et sur des précautions excluant toute hypothèse.

    Les sérologies Covid sont certes des outils utiles en recherche clinique et épidémiologique, et peut-être dans certaines situations cliniques exceptionnelles. Leur place en médecine ambulatoire courante, jusqu'à preuve du contraire, me parait nulle.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Remboursement de la sérologie, une absurdité

    Le 04 juin 2020

    Merci pour la dénomination de marchand de la biologie mais sachez que certains essaient de faire leur travail. Vous avez aussi vos confrères à raisonner. Quand on se fait raccrocher au nez quand on veut expliquer pourquoi la sérologie n'est pas prise prise en charge par l'AM ! Il manque certainement un module d'économie dans les études de médecine. La collectivité peut-elle prendre en charge un test pour 66 millions d'habitants ? Et en septembre les mêmes vont pleurnicher car certains médicaments ou actes ne sont plus pris en charge.

    Carine Freby (pharmacien)

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