Sexualité des seniors : « être vieux c’est être jeune depuis plus longtemps que les autres (Geluck) » ?

Un français sur 5 est aujourd’hui âgé d’au moins 60 ans (données INSEE 2005) et la proportion passera à 1 sur 3 en 2050. L’âge moyen de départ à la retraite est de 59 ans et le taux d’emploi des 55-64 ans atteint 38 %, en augmentation régulière. Ces dernières années, le gain en espérance de vie en bonne santé (sans limitations d’activités ou sans incapacités majeures) a été supérieur chez les hommes comparativement aux femmes Par ailleurs, 40 % des seniors fréquentent des associations (contre 24 % en 1980) et participent à des activités culturelles.

Une personne de plus de 65 ans sur 4 pratique un sport (multiplié par 7 en 15 ans).

On peut noter aussi que chez « sexygénaires » de plus de 60 ans, le taux de divorce a augmenté de 42 % entre 2001 et 2009 : 19 000 seniors divorcent chaque année, soit 3 fois plus qu’il y a 10 ans. Parallèlement, le taux de mariages dans cette catégorie d’âge a augmenté de 17 % entre 2005 et 2009 et le taux de remariage atteint > 20 %. Une enquête menée en France chez des patients souffrant de dysfonction érectile a montré également que 27,3 % des patients rapportent une nouvelle partenaire.

Une autre vie, un autre corps…

Avec les années, l’excitation centrale et périphérique, l’érection, l’éjaculation et l’orgasme diminuent en force, en durée et/ou en fréquence chez l’homme, tandis que chez la femme la lubrification est moindre. Il faut donc une stimulation directe et indirecte plus importante, avec une érotisation plus globale du corps et une participation plus active du/de la partenaire pour obtenir une satisfaction sexuelle. Malgré cela, l’activité sexuelle reste importante chez les seniors, quelle qu’elle soit : sexe ‘classique’, sexe oral, masturbation, …, les principales limites à la pratique sexuelle étant le manque d’intérêt du/de la partenaire, les handicaps physiques personnels ou du/de la partenaire.

Aujourd’hui, en France, plus d’un homme sur 2 de plus de 65 ans est sexuellement actif et plus de la moitié des hommes âgés de plus de 70 ans ont plus d’un rapport par semaine. Cette sexualité nécessite un équilibre dynamique permanent entre impossibilités devenues définitives et possibilités nouvelles avec désinvestissement des anciennes activités impossibles et investissement dans de nouvelles activités.

Adapter et ne pas compenser

« La sexualité de seniors est moins physique et davantage relationnelle » a souligné Antoine Faix (Montpellier). Elle est moins sexuelle et plus sensuelle, marquée par un allongement du temps de déclenchement de la réaction sexuelle, de la période réfractaire (le désir ne se traduit pas par une érection immédiate), et une compensation du décalage par la sensualité (sexualité émotionnelle). Ce qui pose aussi la question de la nécessité que la femme soit plus active… Il lui faudra donc réapprendre de nouvelles sensations agréables, mais aussi discriminer le normal et le pathologique et créer de nouvelles références en adéquation avec son âge tout en évitant la routine…

La sensation d’être désirable est un moteur majeur de la sexualité : 78 % des femmes et 58 % des hommes évoquant l’altération de l’image corporelle et la sensation de ne plus être désirables comme un facteur important d’absence de sexualité.

Dans ce contexte, la pharmacologie peut apporter une certaine aide :
- les androgènes pour améliorer la libido ;
- les inhibiteurs de la PDE5 (phosphodiestérase cGMP-spécifique de type 5) à la demande ou au quotidien pour améliorer l’excitabilité,
- les inhibiteurs de la PDE5 à la demande ou au quotidien pour améliorer l’érection,
- les androgènes pour améliorer les capacités orgasmiques.

Quant à la satisfaction sexuelle et globale, elle passe par l’ensemble des mesures, pharmacologiques ou non pharmacologiques, sans oublier le recours à d’autres spécialités comme la rhumatologie en cas de pertes de capacités physiques, les nutritionnistes avec les alicaments, les urologues, endocrinologues, psychiatres pour la motivation à la sexualité, et le sexologue pour l’amélioration des réactions physiologiques (libido, érection, capacités orgasmiques).

« In fine, bien vieillir n’est pas vouloir donner l’apparence que l’on reste jeune, mais c’est accompagner son vieillissement dans une attention à soi. C’est rester dans le désir et dans la dynamique de la vie » a conclu Antoine Faix.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Faix A. Sexualité des seniors. Séance plénière 1. Etat de l’art 1. 113ème Congrès Français d’Urologie, Paris 20-23 novembre 2019.

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