Signalement des violences à l’hôpital : les établissements ne jouent pas tous le jeu !

Paris, le mardi 23 juillet 2019 - L’ONVS (Observatoire nationale des violences en milieu de santé) publie ses dernières données.

Rappelons que l’ONVS collige les fiches de signalements qui lui sont adressées librement par les établissements de soins et que chaque événement survenu est classé selon un niveau de gravité (4 niveaux pour les atteintes personnes, 3 pour les atteintes aux biens).

Avec 23 360 signalements réalisés par 426 établissements, le bilan pour l'année 2018 de l'ONVS est en hausse d'un peu plus de 1 000 cas d'agressions pour vingt hôpitaux déclarants de moins.
Mais ces chiffres demeurent difficiles d’interprétation, en effet les établissements de santé se sont peu approprié ce dispositif qui existe pourtant depuis 2005. Certains, notamment, seraient réticents à participer à ces enquêtes  par crainte de répercussions négatives en terme d’image. Ces lacunes rendent difficile toute interprétation objective, bien qu’un sentiment d’augmentation de la violence soit partagé par les soignants.

L’exemple de l’AP-HP

Dans le détail, ce sont les établissements publics de santé qui sont les plus volontaires avec 34,19 % d’établissements déclarants, suivi des établissements de santé privés à but lucratif (4,03 % d’établissements déclarants) et des établissements de santé privés à but non lucratifs (3,71 % d’établissements déclarants).

Par région, c’est l’Île-de-France qui déclare le plus et en son sein, l’AP-HP (75 % des signalements de la région) qui depuis 2011, s’est engagée dans une politique volontariste de signalements à l’ONVS.

80 % d’atteintes aux personnes

Il apparaît que 80 % des signalements concernent des atteintes aux personnes dont 18 % sont liées directement à un trouble psychique ou neuropsychique (TPN), 20 % sont des signalements d’atteintes aux biens (dont 2 % sont liés directement à un TPN).

Concernant ces atteintes aux personnes, 32 % sont de niveau 1 (injures, insultes), 17 % de niveau 2 (menaces), 49 % des violences physiques (niveau 3) et 2 % de niveau 4 (violence avec arme).
Sans surprise ce sont les unités de psychiatrie (18 % des signalements) qui sont les plus concernées suivi des urgences (16 %) des USLD (Unités de soins de longue durée) et EHPAD (11 %).
Parmi les victimes d’atteintes aux personnes, les « personnels » représentent 82 % du total dont 9 % de médecins, 47 % d’infirmiers et 44 % d’aide-soignants. Les patients représentent 10 % des victimes, les agents de sécurité 5 %, les visiteurs 1 %, et les "autres" 2 %.

Les patients représentent 71 % des auteurs,  les accompagnateurs et visiteurs 19 %, les "autres"  7 % et les personnels de santé 3 %.

Ces violences sont très majoritairement dues à des reproches relatifs à la prise en charge du patient (59,1 %). Le temps d’attente arrive en deuxième position mais de façon bien plus marginale (13,3 %), devant l’alcoolisation (11,6 %), les règlements de comptes dont des conflits familiaux (6,5 %), les drogues (3,3 %), les refus de prescriptions (3,1 %), les diagnostics non acceptés (1,9 %), les suicides et tentatives de suicide (1,2 %).

On note également quelque cas de violences  à la suite d'atteintes au principe de laïcité. Il s’agit principalement de conjoint refusant que leur compagne soit examinée par un homme.

Au total, 6 % de ces incidents ont nécessité l’intervention des forces de l’ordre.

Principale piste de solution pour l’ONVS : la multiplication des «  formations professionnelles pratiques dispensées sur la gestion des tensions et de l’agressivité » qui « se révèlent extrêmement utiles afin de mieux prévenir et gérer les moments de violence ».

Xavier Bataille

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Vos réactions (1)

  • La violence de l'hypoglycémie

    Le 23 juillet 2019

    Quoi de plus violent qu'un patient qui commence à décompenser une pathologie, surtout quand c'est un grand gaillard de 1,85m et qui pèse son quintal.

    Face à lui des aides soignantes et infirmières de 50 kg bien pesées. Si elles ne sont pas formées et font des erreurs dans la prise en charge, il est vite fait de faire passer l'erreur technique dans la prise en charge pour une violence du patient. Surtout si cela se termine par un accident du travail ! c'est le meilleur moyen de dédouaner la responsabilité de la structure et de tout renvoyer sue le patient !

    Les patients violents qui arrivent aux urgences le sont souvent en rapport de leur pathologie, ne l'oublions pas.

    Dr Didier Cugy

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