Soigner un pays perdu

Kinshasa, le samedi 9 juin 2018 – Souvent les exilés, en dépit des blessures qui ont forcé leur départ, en dépit de la sérénité qu’ils ont pu gagner grâce à leurs pérégrinations, demeurent les yeux rivés vers la terre natale. Ils en exaltent les beautés et en déplorent plus ardemment encore que lorsqu’ils étaient "là-bas" les tares et les travers. Parfois, ils brûlent de revenir pour transformer l’Eden perdu de l’enfance en terre habitable pour eux et leurs proches.

Un terrible gâchis

Il ne revient pas souvent. Ses allers retour en République Démocratique du Congo lui offrent toujours la même conclusion : le gâchis terrible d’un pays, dont les atouts sont si nombreux et qui s’abîme dans la dérive politique, les conflits ethniques et la corruption. Ces voyages ont forgé en lui l’ambition de servir ce pays aimé, meurtri. Avant de quitter la République Démocratique du Congo, Donat Mupapa Kibadi avait déjà été une sorte de sauveur.

C’est un jeune médecin de 36 ans qui travaille pour l’hôpital de Kikwit quand en 1995 sévit la deuxième épidémie de fièvre Ebola. Le virus a été identifié pour la première fois en 1976 et a laissé un souvenir d’effroi. Vingt ans plus tard, c’est l’établissement de Donat Mupapa Kibadi qui est en première ligne.

Docteur Ebola

Celui qui travaille aujourd’hui pour le Samu de Paris se souvient de tout. La peur des familles, leur refus de comprendre la nécessité de ne pas approcher les corps de ceux qui venaient de mourir, les rumeurs. Ceux qui le voyaient déambuler avec son scaphandre et réaliser les prélèvements sur tous les patients pensaient pour beaucoup qu’il était un blanc à l’origine de la propagation de l’épidémie. Quand Donat Mupapa Kibadi a dévêtu son armure de protection et que les patients ont constaté qu’il était congolais, un mélange de satisfaction et d’étonnement a saisi la population. Le surnom de "Docteur Ebola" a alors été donné à celui qui s’était investi au péril de sa vie et qui a su plus tard imposer un protocole encore appliqué aujourd’hui.

Une diaspora méprisée et meurtrie

Pour Donat Mupapa Kibadi, cette anecdote est à l’image des tourments qui assombrissent la République Démocratique du Congo : la défiance vis-à-vis des occidentaux et de l’étranger empêchent de voir les désastres intérieurs qui paralysent le pays. Tout en même temps, il existe comme un refus de reconnaître les richesses dont dispose la RDC à travers ses hommes et ses matières premières. Aussi, alors que les élections pour élire le président de la République sont bloquées depuis un an et demi et que demeure toujours une incertitude sur la tenue d’un scrutin en décembre, Donat Mupapa Kibadi rêve de faire entendre une voix différente en RDC. Bien que vivant et travaillant comme médecin urgentiste en France, bien qu’il ne prenne pas part aujourd’hui à la prise en charge de la huitième épidémie d’Ebola qui frappe actuellement son pays natal, Donat Mupapa Kibadi est candidat à la présidence de la République. Avec son parti, la Fédération des républicains et des démocrates congolais, il souhaite ré-enchanter le "rêve" congolais en misant notamment sur ses ressources naturelles en cobalt qui représentent un atout incomparable à l’heure où cette matière première est très recherchée. Donat Mupapa Kibadi souhaite également mettre fin à l’impossibilité pour un Congolais s’étant exilé et ayant accédé à la nationalité de son pays d’accueil de conserver la nationalité congolaise. Cette situation est pour lui une aberration alors que la diaspora contribue de manière majeure à la richesse et à la survie du pays et freine les ambitions de ceux qui seraient prêts à revenir pour faire bénéficier leur terre natale de leur expérience.

Tout est possible

Enfin, dans le domaine de la santé, Donat Mupapa Kibadi voudrait s’inspirer du système qu’il a vu à l’œuvre en France. Il déplore par exemple que concernant l’épidémie actuelle d’Ebola il ait fallu plus d’un mois entre l’apparition du premier cas et le déclenchement du système d’alerte. A ses yeux, il serait tout à fait possible de corriger ce type de lacunes à condition de combattre l’inertie et la corruption. « Tout est possible avec un gouvernement à la tête du pays. Ce gouvernement pourrait mettre en place des structures et les choses peuvent évoluer positivement et rapidement. C’est un pays qui a beaucoup de potentiel. Si ce pays était stable sur le plan politique, on pourrait résoudre tous les problèmes » assure-t-il interrogé par le site Jeune Afrique.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • La RDC, un pays perdu ?

    Le 11 juin 2018

    J'aimerais juste dire deux choses :
    1. attention à la lecture simplifiée des réalités sociopolitiques de ce pays surtout quand on se retrouve à l'extérieur dans un pays organisé par la sueur et l'entendement collectif de ses citoyens.
    2.la meilleure façon d'apporter son édifice est de revenir travailler apporter des solutions fussent-elles idoines comme personnellement ayant été pédiatre formé à Paris.
    Enfin, il n' y a pas de plus beau pays que le pays de son enfance, et ceci n'est pas un satisfecit béat.

    Dr Albert Mutombo Tshipeta (RDC)

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