Solidarité résistante

Paris, le samedi 4 mai 2019 – Même si la tentation, par sa facilité réconfortante, reste grande, il ne semble pas pertinent ou opportun de vouloir catégoriser les êtres humains. Et le surnom que l’on donnait au colosse qui vient de disparaître l’illustre parfaitement. Cet homme dont l’engagement politique suggérait notamment un attachement forcené à la laïcité était parfois désigné comme « l’Abbé Pierre laïc ». Et, celui qui avait fait ses classes au sein du Parti communiste et qui bien qu’il s’en soit détaché était loin de renier cette identité, n’était pourtant pas mécontent de ce rapprochement.

Quelle est ta souffrance ?

C’est la même année que le célèbre Abbé Pierre et Julien Lauprêtre (un nom prédestiné pour se risquer à quelques comparaisons souriantes) ont transformé la solidarité dans notre pays. L’Abbé Pierre par son appel, Julien Lauprêtre en devenant le secrétaire administratif du Secours populaire français. Alors âgé de 28 ans, Julien Lauprêtre va faire de cette petite structure anecdotique, la plus grande association caritative de France, s’émancipant bientôt de sa figure tutélaire. Toujours à la tête de l’organisation qui compte un million de membres - « pas adhérents » insistait-il « car on n’adhère pas à la misère » - et 80 000 bénévoles, Julien Lauprêtre, qui à 93 ans continuait à nourrir des projets (un événement important en novembre pour les trente ans de la convention internationale de l’enfant), a donné sa force au Secours populaire en affichant son caractère "œcuménique". Il avait ainsi fait sienne la phrase de Louis Pasteur qu’il aimait à répéter : « Je ne te demande pas quelle est ta race, ta nationalité ou ta religion, mais quelle est ta souffrance ».

Orientation

Un autre mantra a accompagné celui qui vient de s’éteindre après une chute fatale le 26 avril à Paris ville qui l’a vu naître en 1926 et qu’il n’a pratiquement jamais quittée. Une phrase, entendue à la prison de la Santé, en novembre 1943. « Toi tu es jeune, tu vas t’en sortir. Il faudra que tu continues à lutter contre l'injustice et être utile aux autres » lui avait soufflé Manouchian, héros de la résistance, dont il partagea la cellule pendant quelques jours. « C’était un message extraordinaire, j’y pense tous les jours ». Et dès sa libération, il s’en inspire, en renforçant son action dans la résistance où il s’est engagé avec ses copains, d’abord de manière potache. « On changeait l’orientation des panneaux de signalisation pour perdre l’occupant allemand. Notre coup d’éclat ce fut d’enlever la barrière qui empêchait la circulation devant la caserne de Reuilly, occupée par les Allemands » racontait-il. Puis, à la fin de la guerre, après avoir participé à la libération de Paris, il s’engage de façon active au sein du Parti communiste.

Et demain ?

Sa vie a ensuite totalement embrassé le destin du Secours Populaire où il s’est notamment montré particulièrement attentif au destin des enfants. Ayant le souvenir d’une après-midi passée au bord de la mer grâce à une action conduite par le Secours ouvrier international, il a été à l’origine des « Journées des oubliés des vacances » qui permettent chaque année à des milliers d’enfants de s’évader quelques heures, quelques jours à la campagne, à la montagne ou à la plage. « Offrir des vacances, ça ne règle pas tout mais c’est concret » observait Julien Lauprêtre, qui préférait cette voie plutôt que les dérives marketing actuelles de la solidarité. Il nourrissait d’ailleurs une certaine inquiétude quant à l’avenir du Secours populaire. « Mon successeur ne sera pas comme moi, il n’aura pas la même histoire et ne restera pas soixante ans. J’y pense tout le temps » avouait-il.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Julien Laupretre

    Le 04 mai 2019

    Un homme à tous les bons sens du terme,
    la grande Humanité, la grande efficacité,
    la bonté, la classe et il y en a peu de nos jours.

    Dr S Benedite

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