Statines : un arrêt sur 3 est influencé par les médias

A l’image de la polémique autour de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans la Covid-19, les statines ont et continuent à susciter beaucoup de débats médiatiques autour de leur utilité, notamment chez les patients à risque cardiovasculaire faible ou modéré. En 2013, de nombreuses émissions télévisuelles, de livres et de publications scientifiques ont jeté le doute sur l’efficacité de ces molécules. Une équipe Française s’est penchée sur le sujet en étudiant le rôle des médias après la polémique de 2013 dans la décision d’arrêt d’un traitement de statine.

Baisse de la délivrance des statines après la polémique de 2013

Une étude Française comparant les délivrances de statines en 2012 et en 2013 a mis en avant une augmentation de l’incidence des arrêts de traitement. Mais les données en question n’ont pas permis de déterminer si ces arrêts avaient eu lieu à l’initiative des patients ou bien des médecins.

C’est dans cet objectif qu’a été menée, par une équipe Parisienne, une étude incluant des patients de plus de 40 ans venant effectuer un bilan lipidique dans un laboratoire de ville. Leur consommation actuelle ou passée de statines a été notée une évaluation de leurs connaissances sur les statines et de leurs vecteurs d’information a été réalisée. Parmi ces patients, 301 (65 ans de moyenne d’âge) avaient pris des statines, dont 75 % en prévention primaire. Près de 38 % de ces 301 patients étaient à risque cardio-vasculaire très élevé.

Les patients intéressés par la polémique arrêtent plus souvent leur traitement

Au total, 57 patients avaient interrompu leur traitement. Les crampes et les douleurs musculaires ont motivé l’arrêt des statines dans près de la moitié des cas, suivies par des perturbations du bilan hépatique, des troubles digestifs, du diabète, une allergie cutanée ou les conseils d’un ami. Sur ces 57 patients, 19 ont arrêté les statines de leur propre initiative, 20 après avoir demandé l’avis de leur médecin et 18 à la demande de ce dernier.

Conformément à l’hypothèse de départ, la statine est plus souvent arrêtée par les patients se sentant concernés par la polémique. Ces derniers représentent plus de la moitié de la cohorte étudiée (54 %) et ont enregistré un pourcentage d’arrêt de statines de 71,2 % (versus 49,2 %). Les auteurs estiment que les patients se sentant concernés par la polémique ont une probabilité d’arrêt de 2,55 supérieure à celle des autres sujets et ils évaluent à 38 % (plus d’un sujet sur 3) le pourcentage de risque d’arrêt attribuable aux médias. En analyse multivariée, l’intérêt porté à la polémique était leur seul facteur associé à l’arrêt. Inversement, la prise de plusieurs traitements et la présence d’une dyslipidémie étaient associées à la poursuite du traitement.

Par ailleurs, les émissions de radio et le médecin traitement semblent être les meilleures sources d’information sur les statines. Cette influence non négligeable des médias sur le comportement des patients peut avoir un retentissement réel sur leur santé et sur la santé publique. Le médecin traitant se doit donc de communiquer à ses patients une information de qualité et d’être ouvert au dialogue pour parvenir à une décision partagée.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Hauber C. et coll. : Influence des medias sur l’arrêt des statines à l’initiative des patients. 14ème Congrès de Médecine Générale France. Du 2 au 3 juillet 2020 (virtuel).

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