STOPP à l’ostéoporose pédiatrique gluco-induite !

L’ostéoporose cortico-induite est un phénomène connu avec un risque fracturaire accru dès 2,5 mg/j de prednisone pendant plus de trois mois. Ce risque est indépendant de la densité minérale osseuse et sa fréquence est élevée. De plus, cette ostéoporose peut être responsable d’une morbidité importante, voire d’une mortalité, avec une altération de la qualité de vie et des coûts économiques et sociaux loin d’être négligeables.

Malgré les progrès significatifs effectués dans la prise en charge médicale des maladies infantiles, les glucocorticoïdes restent cependant le pilier thérapeutique de nombreuses affections graves, y compris les tumeurs hématologiques, la dystrophie musculaire de Duchenne et les maladies inflammatoires. Pour mieux comprendre l'histoire naturelle du développement osseux chez les enfants traités par glucovorticoïdes, une étude d'observation longitudinale pancanadienne, l’étude « STOPP » (STeroid-induced Osteoporosis in the Pediatrique Population) a été mise sur pied au cours des deux dernières décennies. Cette étude a mis en évidence certains phénomènes biologiques clés au sujet de l'ostéoporose pédiatrique induite par les glucocorticoïdes (OPGI). Parmi ceux-ci, l’un des plus important a été la fracture vertébrale, véritable signature clinique de l’OPGI chez les enfants, soulignant la vulnérabilité de l’os trabéculaire pédiatrique aux effets toxiques des glucocorticoïdes. L’os trabéculaire prédomine au niveau des vertèbres chez l’enfant.

La même étude a pu constater que certaines manifestations peuvent être prédictives des fractures vertébrales observées en cas d’OPGI, notamment les douleurs dorsales et une faible densité minérale osseuse. Souhaitant évaluer le risque de fractures ultérieures, le Consortium STOPP a validé le fait qu’une perte supérieure à 20 % de la taille vertébrale définit une fracture vertébrale chez l’enfant. Le remodelage des fractures vertébrales (et donc la restauration des dimensions vertébrales normales) est un signe clé de rétablissement de l’OPGI, un phénomène qui se produit en l'absence de traitement anti-ostéoporotique chez les enfants dont le potentiel résiduel de croissance est significatif et l’exposition aux glucocorticoïdes transitoire (comme c’est le cas pour certaines leucémies).

Inversement, il existe une menace à long terme pour la santé osseuse en cas de traitement chez les enfants plus âgés, avec un potentiel de croissance moindre, pouvant entraîner une déformation vertébrale permanente si un traitement anti-ostéoporotique n'est pas amorcé à temps. Ces déformations doivent être prévenues du fait du risque majeur de réduction de la fonction pulmonaire.

En conclusion, ces résultats soulignent l'importance de l'identification et du traitement précoce des fractures vertébrales chez les enfants à risque de déformation vertébrale permanente, parce qu’ils sont plus âgés ou que l’exposition aux glucocorticoïdes est plus importante ou de plus longue durée. Chez ces enfants, un traitement par bisphosphonate par voie IV est un traitement sûr et efficace de première ligne. Cependant, les bisphosphonates IV ne corrigent pas totalement le phénotype fragile dans les formes les plus agressives d’OPGI, ce qui ouvre la porte à d’autres stratégies pas encore étudiées de manière formelle.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Ward L : Glucocorticoid-Induced Osteoporosis in Children : Targeting the Spine in Osteoporosis Diagnosis, Monitoring and Treatment. 58th ESPE (European Society of Paediatric Endocrinology) (Vienne) : 16-20 septembre 2019.

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