Œstrogénothérapie post-ménopausique : le risque thrombo-embolique peut-il être prédit ?

L’œstrogénothérapie orale du traitement hormonal substitutif de la ménopause entraîne une augmentation du risque thrombo-embolique par activation de la coagulation liée au premier passage hépatique. Les cytochromes P450 3A5 (CYP 3A5) et 1A2 (CYP 1A2) sont impliqués dans le métabolisme hépatique des œstrogènes. L’expression de ces cytochromes est liée à des polymorphisme génétiques qui sont donc susceptibles d’influencer le métabolisme des estrogènes.

L’objectif de cette étude cas-témoins était d’évaluer l’impact des polymorphismes génétiques du CYP3A5 et du CYP1A2 sur l’association entre l’ œstrogénothérapie après la ménopause et le risque thrombo-embolique. Cette étude a été menée dans 8 centres hospitaliers français et en population générale. Les génotypes de CYP3A5 et de CYP1A2 ont été évalués chez 195 femmes ménopausées ayant eu un premier épisode thrombo-embolique et chez 533 témoins (femmes ménopausées hospitalisées ou issues de la population générale). Parmi les patientes victimes d’accident thrombo-embolique, 51,8 % n’utilisaient pas d’œstrogénothérapie, 22,1% étaient sous œstrogènes oraux et 21,1 % sous œstrogènes par voie transdermique ; parmi les témoins, ces chiffres étaient respectivement de 61,4 %, 8,1 % et 30,4 % (p<0,0001).

L’augmentation du risque thrombo-embolique était associée à la prise d’œstrogènes (OR=4,5 ; IC=[2,6 ; 7,6]) par voie orale mais pas par voie transdermique (OR =1,2 ; IC =[0,8 ; 1,8]).

La fréquence allélique de CYP 3A5*1 était de 9 % parmi les cas et de 10 % parmi les témoins ; celle de CYP1A2* 1F était de 72 % parmi les cas et de 71 % parmi les témoins. L’allèle CYP3A5*1 était associé à une augmentation du risque thrombo-embolique lié à l’ œstrogénothérapie orale qui passait de 3,8 à 30 (p=0,04). Cette augmentation du risque n’était pas retrouvée pour l’œstrogénothérapie par voie transdermique. Il n’existait pas d’interaction entre le polymorphisme génétique de CYP1A2 et l’œstrogénothérapie pour le risque thrombo-embolique.

Ces résultats, s’ils sont confirmés, pourraient permettre de mieux sélectionner les candidates à un traitement hormonal substitutif de la ménopause, en évitant ce traitement chez les femmes ménopausées porteuses de l’allèle CYP 3A5* 1.

Dr Laurence Du Pasquier

Référence
Canonico M et coll : Synergism between oral estrogen therapy and cytochrome P450 3A5*1 allele on the risk of venous thromboembolism among postmenopausal women. J Clin Endocrinol Metab 93:3082-3087,2008.

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