Substances psychoactives : on est plus sérieux qu’avant quand on a 17 ans

Paris, le mercredi 7 février 2018 - Pour la neuvième fois, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) en partenariat avec la Direction du service national et de la jeunesse du ministère des Armées a interrogé un échantillon de jeunes de 17 ans participant à la journée défense et citoyenneté (JDC). En mars 2017, ce sont ainsi 46 054 appelés qui ont répondu à un questionnaire anonyme portant sur leur consommation de substances psychoactives.

La cigarette n’a plus la cote…

Comme le notent les auteurs de ces travaux : « l’évolution la plus remarquable depuis la dernière enquête concerne le tabagisme ». Ainsi, en 2017, 59 % des adolescents disent avoir déjà essayé un produit du tabac contre 68,4 % en 2014 ! La consommation quotidienne marque, elle aussi, nettement le pas : seuls 25,1 % des adolescents fument en effet tous les jours contre 32,4 % en 2014.

L’âge moyen d’expérimentation a continué de s’élever, quel que soit le sexe, 14,4 ans en moyenne contre 14,0 ans trois ans plus tôt, mais point négatif, le délai entre une première cigarette et le passage à une consommation quotidienne s’est encore resserré et est ainsi de 13 mois en moyenne contre 22 mois il y a dix ans.

…le narguilé et l’e-cigarette non plus !

En 2017, la moitié des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà fumé le narguilé ou la chicha (49,9 %). En comparaison avec la cigarette, l’expérimentation se révèle un peu plus tardive de quelques mois (14 ans et 11 mois en moyenne, soit 14,9 ans) et la pratique marque là aussi un net repli par rapport à 2014 (64,7 %).
L’usage de l’e-cigarette, s’il a été expérimenté par 52,4 % des jeunes de 17 ans contre 53,3 % en 2014 demeure occasionnelle (34,9 % des expérimentateurs se sont contentés d’essayer).

L’usage dans le mois a lui aussi diminué de 5 points par rapport à 2014 et le « vapotage » quotidien reste quasi inexistant (1,9 %). Il est a noté que l’expérience de l’e-cigarette se fait en moyenne à 15 ans et 5 mois, c’est à-dire un an après l’expérimentation de la cigarette classique, ce qui pourrait constituer un argument de plus aux défenseurs de la cigarette électronique qui assurent qu’elle n’est pas une « porte d’entrée » vers le tabagisme.

Au pays du bon vin ça bouge enfin

Autre bonne nouvelle, si rares sont les jeunes Français n’ayant jamais trempé leurs lèvres dans un verre l’alcool (seuls 14,3 % des jeunes de 17 ans n’en n’ont jamais bu !), la consommation régulière fait une chute vertigineuse et n’est plus rapportée que par 8,4 % des sondés contre 12,3 % en 2014 !
Cette dernière, demeure principalement masculine et concerne 12,0 % des garçons contre à peine 4,6 % des filles de 17 ans.

S’agissant des comportements d’alcoolisation ponctuelle importante (API)*, la moitié des jeunes de 17 ans disent avoir connu un tel épisode dans le mois précédant l’enquête, soit sensiblement moins qu’en 2014 (44,0 % vs 48,8 %). En ce qui concerne les API répétées (au moins trois épisodes au cours du mois), elles ont également diminué (16,4 %, contre 21,8 % en 2014), alors que les API dites « régulières » (au moins dix fois) ne concernent, comme en 2014, qu’une très faible part des adolescents (2,7 %).

Enfin concernant le très médiatique binge drinking, interrogées sur ce point pour la première fois, 3 % des personnes sondées déclarent avoir déjà été ivres « au point de vomir ou de tout oublier » durant le mois écoulé et autant disent avoir déjà été admis dans leur vie aux urgences parce qu’elles avaient trop bu.

Baisse de consommation de cannabis…

En 2017, 39,1 % des adolescents de 17 ans ont déjà fumé du cannabis au cours de leur vie. Cette prévalence est la plus basse jamais enregistrée et elle est inférieure de 9 points à celle de 2014 ! La baisse des usages de cannabis concerne l’ensemble des indicateurs : l’usage dans l’année diminue de 7 points (38,2 % vs 31,3 %), l’usage régulier de 2 points (9,2 % à 7,2 %) et comme pour l’alcool, les consommations sont d’autant plus masculines que leur fréquence est élevée.

L’âge moyen de l’expérimentation demeure lui stable à 15,3 ans.

Notons que l’on peut ajouter à ces statistiques, les consommations, certes encore faibles (3,8 % d’expérimentateurs) de "nouveaux produits de synthèse" (NPS) qui sont à 87 % des cannabinoïdes.

…mais augmentation des usages problématiques

Ces chiffres rassurants ne doivent néanmoins pas éclipser des données plus inquiétantes. Ainsi, si en 2014, 21,9 % des usagers de cette substance étaient considérés comme à risque élevé « d’usage problématique », cette proportion est désormais de 24,9 %.

Au total, à 17 ans, 7,4 % des adolescents souffriraient d’une utilisation problématique du cannabis soit environ 60 000 jeunes de cet âge.

Les autres drogues ne séduisent toujours pas

En 2017, 6,8 % des adolescents de 17 ans déclarent avoir consommé au moins une fois au cours de leur vie une substance illicite* autre que le cannabis. Ce chiffre est lui aussi en recul, de 2 points par rapport à 2014 (8,8 %). Les niveaux d’expérimentation de ces substances demeurent faibles et se maintiennent entre 3 et 4 % pour les plus élevés (3,4 % pour la MDMA/ecstasy) et moins de 1 % pour les plus faibles (0,6 % pour le crack).

Inquiétudes autour du purple drank

Les auteurs constatent néanmoins que « si les niveaux d’expérimentation des produits à inhaler restent circonscrits (3,1 %), ils sont nettement plus importants pour les poppers ou le purple drank*** ». En effet, leurs usages au cours de la vie concernent, à 17 ans, près de un adolescent sur dix et la moitié des expérimentateurs disent en avoir pris plusieurs fois.

Bien qu’ils reconnaissent les difficultés existant pour déterminer parfaitement les raisons de ces reculs, les auteurs avancent trois grandes pistes d’explication.

Premièrement, les pratiques addictives se seraient déplacées vers d’autres outils, notamment les écrans, et le temps passé devant eux diminuerait d’autant les possibilités d’être confronté à des substances psychoactives. D’autre part, il est noté une dégradation notable de l’image du tabac et dans une moindre mesure de l’alcool. Enfin, la loi HPST, votée en 2009 qui a étendu à tous les mineurs l’interdiction de vente d’alcool a pu jouer un rôle. On pourrait aussi s’intéresser à la valeur de l’exemple : les consommations problématiques de ces différents produits ont également diminué chez les parents. 

Comme auraient pu dire des jeunes d’une autre époque : « ce n’est qu’un début, continuons le combat »…

*définie comme une consommation d’au moins 5 verres en une seule occasion
** Ces substances illicites regroupent les champignons hallucinogènes, différents stimulants (MDMA/ ecstasy, cocaïne, amphétamines, crack…), le LSD et l’héroïne
*** mélange de soda de codéine et d’antihistaminiques


Frédéric Haroche

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