Suicide du Pr Barrat : deux médecins devant la chambre disciplinaire pour violation du secret médical

Paris, le mercredi 4 décembre 2019 - Deux professeurs de médecine sont accusés d’avoir violé le secret médical en révélant l’état de santé d’un collègue après son suicide. Suite à l’échec de la séance de conciliation, ils passeront devant la chambre disciplinaire du conseil de l’Ordre.

Le 3 février 2019, le professeur Christophe Barrat, chirurgien digestif, se donnait la mort en se défenestrant depuis un bâtiment de l’hôpital Avicenne à Bobigny. Le lendemain, dans un communiqué interne destiné aux personnels du groupe Hôpitaux Universitaires Paris-Seine-Saint-Denis (GHU 93) au sein duquel la victime exerçait, deux de ses collègues, les professeurs Yves Cohen et Nathalie Charnaux, ainsi que le directeur de l’hôpital Avicenne, Didier Frandji, expliquaient que le chirurgien s’était donné la mort en raison du cancer qui le rongeait. Une tumeur de la parotide lui avait en effet été diagnostiquée et le docteur Barrat s’apprêtait à commencer une nouvelle cure de chimiothérapie au moment de son suicide.

Une violation du secret médical

La révélation, par ses collègues et supérieurs, de l’état de santé de la victime, avait à l’époque beaucoup choqué la communauté médicale. Nombreux sont ceux qui avaient considéré que la direction cherchait ainsi à écarter sa part de responsabilité, alors que ses conditions de travail s’étaient parallèlement beaucoup dégradées. Dès le 6 février, les deux médecins et le directeur se justifiaient, expliquant que la veuve du professeur Barrat les avait autorisés à faire mention de la situation médicale de son mari.

C’est pourtant cette même veuve qui a saisi l’Ordre des médecins de Seine-Saint-Denis afin que les deux médecins auteurs du communiqué soient sanctionnés pour violation du secret médical. Ce mardi, la séance de conciliation entre les parties a échoué et les deux professeurs devront donc passer devant la chambre disciplinaire de l’Ordre de Paris (l’affaire a été délocalisée pour éviter tout conflit d’intérêts). Par ailleurs, une plainte a été déposée contre les médecins et le directeur de l’hôpital auprès du procureur de la République de Bobigny.

Un principe général et absolu

Maitre Romain Graeffy, avocat de la veuve du professeur Barrat, rappelle que le fait qu’elle ait autorisé à révéler l’état de santé de la victime ne déliait pas pour autant les praticiens mis en cause de leur obligation de conserver le secret médical. En effet, le juriste rappelle que selon la jurisprudence, le secret médical ne prend pas fin avec la mort du patient, ne peut être levé ni par le patient ni par ses proches et s’impose à l’égard des autres médecins s’ils ne participent pas aux soins. « Le secret médical est un principe général et absolu » résume l’avocat.

Quentin Haroche

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