Suicide du Pr Barrat : l’AP-HP accusée d’avoir violé le secret médical

Paris, le jeudi 7 février 2019 – Réagissant au suicide du Pr Christophe Barrat, qui s’est défenestré dimanche depuis l’hôpital Avicenne où il exerçait, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris avait indiqué dans un message interne que le médecin souffrait d’un cancer, une précision que certains ont jugé plutôt indélicate. 

Or, pour le SNPHARe* non seulement l’institution hospitalière parisienne chercherait par cette information à se défausser et à nier les conditions de travail dégradées à l’hôpital d’Avicenne mais en outre aurait commis une violation caractérisée du secret professionnel.

« Nous affirmons avec force que la violation du secret professionnel est inacceptable, la mort ne déliant pas de ce secret (article 4 du code déontologie médicale, article R. 4127-4 du Code de Santé Publique). Selon l'arrêt du 8 mai 1947 : "L'obligation du secret professionnel s'impose aux médecins comme un devoir de leur état. Elle est générale et absolue, et il n'appartient à personne de les en affranchir" » souligne ainsi le syndicat.

L’AP-HP réprouve cette accusation et rappelle qu’elle bénéfice du soutien de la veuve de Christophe Barrat : « nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP, à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, "d’apporter un éclairage au geste de son mari". Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé ». (Nous reviendrons dans un futur article sur cette question de la légitimité ou non d’une épouse à accepter la diffusion d’une telle information).

Autres réactions rendues publiques hier sur ce drame, l'Ordre national des médecins a signalé l'urgence de « répondre à la souffrance des médecins », tandis que l’association Jean-Louis Mégnien a pour sa part rappelé la nécessaire prudence et répondu à tous ceux qui y voient, a priori, une manifestation du malaise hospitalier, qu’il serait « moralement indéfendable de mettre a priori et d'emblée ce suicide sur le compte d'un management délétère alors que les éléments dont nous disposons à ce jour contredisent cette hypothèse »…

* Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs élargie

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Méconnaissance du code de déontologie

    Le 07 février 2019

    L'épouse et les ayants droits ne peuvent délivrer le médecin du secret médical vis à vis du patient. Mais avec l'administration qu'en est il ?

    Dr Pierre-André Coulon

  • Inadmissible

    Le 08 février 2019

    C'est proprement inacceptable de la part de l'AP-HP d'avoir fait un communiqué public avec cette information confidentielle. Ces gens qui gouvernent les hopitaux sont devenus des manipulateurs sans foi ni loi autre que la rentabilité (et la prime accordée en fin d'année au Directeur quand l'Hopital est à l'équilibre). Un PDG d'entreprise privée n'oserait pas ce qu'un Directeur d'Hopital se permet tous les jours.

    On attend une réaction ferme du ministère (on peut attendre...).

    Dr Eric Orvain

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