Sujet âgé hospitalisé : un lien entre fonctions cognitives et taux sanguins de thiamine

La thiamine ou vitamine B1 est une vitamine hydrosoluble apportée uniquement par voie alimentaire. Nombre de réactions enzymatiques l’utilisent en tant que cofacteur sous la forme de thiamine diphosphate au sein d’une multitude de cellules appartenant à divers organes dont le cerveau. Le métabolisme des hydrates de carbone ne comporte pas moins de trois enzymes tributaires de ce cofacteur. Les neurones friands de glucose sont d’ailleurs particulièrement sensibles à la carence en thiamine et il suffit d’évoquer l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke pour s’en convaincre. Les stocks de vitamine B1 dans l’organisme sont limités et il suffit d’un déficit d’apport d’une durée de 2 à 3 semaines pour les épuiser et voir apparaître les premiers signes de déficit.

Existe-t-il un lien éventuel entre des troubles cognitifs observés chez des personnes âgées et les apports en vitamine B1 ?

Pas de déficit mais des taux bas

C’est à cette question que répond une étude transversale rétrospective dans laquelle ont été inclus 233 sujets âgés (âge moyen 82,1+/-7,1 ans) hospitalisés dans une unité gériatrique de soins aigus.

Ont été systématiquement pris en compte l’état nutritionnel, les troubles dépressifs et l’état cognitif au travers des échelles ou scores suivants : MNASF (Mini Nutritional Assessment-Short Form), DOAS (Depression in Old Age Scale) et MCA (Montreal Cognitive Assessment). La capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne, pour sa part, a été évaluée au moyen de l’index de Barthel lors de l’admission et de la sortie de l’unité gériatrique. Le diagnostic de démence ou de confusion a été évoqué à partir des observations médicales.

Chez 47 % des participants, le risque de malnutrition était jugé élevé, cependant que chez 39 % d’entre eux, cette dernière était avérée. Au sein de la cohorte considérée dans son ensemble, aucun cas de déficit significatif en thiamine  (<20 ng/ml) n’a été détecté. Cependant, au vu du bilan neurocognitif réalisé chez la majorité des patients (95 %), les diagnostics de démence et de syndrome confusionnel ont été évoqués dans respectivement 36 % et 9 % des cas. Les taux sanguins de thiamine se sont avérés plus bas en cas de démence (p=0,04) ou de confusion (p=0,002), versus les sujets indemnes de tout trouble cognitif.

Ces taux étaient en moyenne plus élevés en cas de récupération fonctionnelle au cours de l’hospitalisation (variation de l’index de Barthel ≥5 points) (p=0,018).

Une analyse par régression logistique binaire a révélé que les taux sanguins de vitamine B1, la perte de poids et le sexe féminin étaient des variables indépendantes associées aux syndromes confusionnels, ce qui n’a pas été le cas pour les démences.

Chez le sujet âgé ou très âgé hospitalisé, il ne semble donc pas exister de déficit significatif en thiamine, même en cas de malnutrition possible ou avérée.

Cependant, les taux de thiamine sont plus faibles en cas de démence ou de confusion et les taux plus élevés de cette vitamine lors de l’admission semblent favoriser la récupération fonctionnelle en cours d’hospitalisation.

Il serait intéressant de déterminer par un essai thérapeutique si la correction de ces taux faibles (mais normaux) pourrait avoir un effet pronostic favorable.

Cette constatation conduira-t-elle à mettre en place un essai thérapeutique ?  

Dr Philippe Tellier

Référence
Pourhassan M et coll. Blood Thiamine Level and Cognitive Function in Older Hospitalized Patients. J Geriatr Psychiatry Neurol. 2018 (20 décembre) : publication avancée en ligne.

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