Surdiagnostic et surtraitement du cancer de la prostate en France

En dépit de son absence de spécificité et des risques reconnus de surdiagnostic et de surtraitement qui sont liés à son utilisation, le PSA est largement prescrit en France. Pour préciser les conséquences de cette pratique, une équipe toulousaine a réalisé des estimations à partir de différentes hypothèses, chez les  patients de l’étude Francim-cancer de la prostate 2001.

Sur 2181 participants, 583 étaient T1, 1257 étaient T2, 63 étaient T3-T4 et 222 étaient métastatiques. Plus de la moitié était traitée par prostatectomie ou radiothérapie. L’espérance de vie naturelle a été obtenue pour chacun à partir des tables de mortalité 2003. Les espérances de vie avec cancer sans traitement, avec cancer traité à l’apparition des signes cliniques, et avec cancer dépisté et traité précocement, ont été estimées à partir des données de la littérature.

En fonction de la durée de l’avance au diagnostic attribuée à l’utilisation du taux de PSA (5, 7 ou 10 ans), la proportion de surdiagnostics chez les patients T1 (tumeur non palpable et non visible à l’imagerie) était comprise entre 1,4 et 23 %.

En l’absence de bénéfice du traitement curatif sur l’apparition de métastases à 5 ans, l’espérance de vie naturelle a été comparée à la somme de la durée d’avance au diagnostic (5, 7 ou 10 ans) et de la durée sans bénéfice associé au traitement (5 ans) : il existait un risque potentiel de surtraitement de 23 %, 38 % ou 56 % chez les patients T1, selon l’avance au diagnostic considérée. En réalité un surtraitement n’a été observé que chez 3,8 %, 12,6 % ou 23,3 %.

Chez les patients T2 (tumeur confinée à la prostate), l’espérance de vie naturelle a été comparée seulement à la durée sans bénéfice associé au traitement, et 3,7% d’entre eux étaient à risque de surtraitement, mais aucun n’a été réellement surtraité.

Ces résultats montrent des proportions de surdiagnostic et de surtraitement potentiel élevées chez les patients présentant un cancer de la prostate T1, mais le surtraitement réel était inférieur au surtraitement potentiel, témoignant d’une adaptation de la prise en charge par les urologues.

Dr Odile Biechler

Référence
Delpierre C et coll. Les estimations du surdiagnostic et du surtraitement : confrontation avec la réalité des pratiques en France. 103ème congrès français d’urologie - Paris - 18 au 21 novembre 2009

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