Suspicion d’allergie aux antibiotiques : que font les Médecins Généralistes ?

L’allergie médicamenteuse concernerait plus de 7 % de la population générale, voire jusqu’à 20 % pour la pénicilline. Selon certains travaux, près de 11 % des patients évoquent une « allergie » en consultation de médecine générale et les antibiotiques seraient incriminés dans la moitié des cas. La littérature internationale foisonne actuellement d’articles traitant de l’allergie aux antibiotiques et tous les auteurs s’accordent sur le rôle essentiel des médecins de premier recours dans la suspicion d’allergie. Toutefois moins de 40 % d’entre eux se disent « à l’aise » avec cette problématique.

Un travail de thèse a été présenté lors du 14ème Congrès de Médecine Générale France dont l’objectif était de décrire les pratiques des médecins généralistes d’Ile-de-France face à une suspicion d’allergie à un antibiotique. L’étude a été menée du 12 janvier 2018 au 10 juillet 2018, par auto-questionnaires adressés à des médecins généralistes (MG), installés ou remplaçants, de 4 départements d’Ile-de-France (75, 77, 93, 94). Au total 233 réponses ont été retenues pour l’étude.

Un thème fréquent en Médecine Générale

Les résultats confirment la fréquence de la suspicion d’allergie à un antibiotique en médecine générale. En effet, 45,9 % des participants déclarent faire face à cette suspicion une à plusieurs fois par mois en consultation. Il s’agit le plus souvent d’une suspicion d’allergie à la pénicilline (97,9 %), puis aux macrolides et aux céphalosporines. Les participants reconnaissent avoir des difficultés avec les symptômes non spécifiques (rash maculo-papuleux ou urticaire, prurit isolé).

Étonnamment, le questionnaire ENDA (European Network of Drug Allergy), recommandé par les sociétés d’allergologie pour le diagnostic d’allergie médicamenteuse, est très peu utilisé par les médecins interrogés qui, soit n’en ont pas connaissance ou alors le jugent inadapté à la pratique de médecine générale. Il faut reconnaitre en effet que ce questionnaire est assez long (contient 4 pages). Les médecins interrogés prescrivent peu de tests biologiques (11,2 %) et en particulier des IgE totales ou spécifiques (4,3 %) qui ne sont pas recommandées dans cette indication.

Le manque de recommandations

Les raisons qu’évoquent les médecins généralistes pour justifier qu’ils n’adressent pas leurs patients à un spécialiste sont : les difficultés d’accès aux allergologues, le fait qu’il ne s’agisse pas toujours d’un problème prioritaire dans la prise en charge de leurs patients, le refus du patient lui-même de consulter un spécialiste ou encore le médecin généraliste qui estime que l’interrogatoire seul a permis un diagnostic « certain ». A contrario, les raisons qui justifient le recours au spécialiste sont le souhait de ne pas se priver inutilement du recours à un antibiotique, une réaction grave présentée par le patient ou enfin la pression exercée par ce dernier pour se faire tester.

Enfin, les médecins interrogés plaident pour que soient mises à leur disposition des recommandations spécifiques aux MG, actuellement absentes, l’élaboration d’un score de probabilité de risque ou la possibilité d’accéder en ligne à un outil régulièrement mis à jour.

De son côté, l’auteure de ce travail de thèse propose, afin d’améliorer la prise en charge, la mise au point d’une version simplifiée du questionnaire ENDA, une amélioration de la méthode de conservation des données et la création d’un outil accessible en ligne d’aide à la décision, type « antibioclic » (outil indépendant d'aide à la décision thérapeutique en antibiothérapie, pour un bon usage des antibiotiques, https://antibioclic.com/). L’auteure ajoute qu’une réévaluation de la stratégie diagnostique est en cours au sein de la communauté d’allergologues, afin d’élaborer des algorithmes décisionnels et des recommandations. La collaboration des médecins généralistes à ce travail serait hautement souhaitable.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Orcell V. et coll. : Le MG face à la notion d’ « allergie aux antibiotiques » déclarée par le patient : un aperçu des pratiques en Ile-de-France. 14ème Congrès de Médecine Générale France. Du 2 au 3 juillet 2020 (virtuel).

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Vos réactions (1)

  • Allergie ou Herxheimer?

    Le 19 juillet 2020

    Allergie ou Herxheimer (exemple fréquent: Lyme) ou allergie à un conservateur ou colorant? Et en cas d'allergie, que font les médecins ? Suspension du traitement ou remplacement et par quoi?

    Dr Jean-Paul Vasse

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